Tutoriel

Registre des sous-traitants RGPD : le modèle pour agences

Conformité & réglementation10 min de lecture8 étapes

Un client écrit : « Envoyez-nous la liste de vos sous-traitants et l'accord de traitement qui va avec. » L'agence ouvre ses dossiers et découvre qu'elle ne sait pas dire où dorment les données de son parc : hébergeur, DNS, boîtes e-mail, sauvegarde hors site. Le sujet n'incombe pas au seul hébergeur, et il n'est pas réservé aux juristes. Cet article propose un registre simple, colonne par colonne, la liste des services à recenser, les points d'un accord à contrôler et la façon de relier le tout à chaque client. C'est un repère pratique, pas un conseil juridique.

Sommaire· Qui est responsable, qui est sous-traitant, et pourquoi l'agence est dans la chaîne1/14
  1. 01Qui est responsable, qui est sous-traitant, et pourquoi l'agence est dans la chaîne
  2. 02Les rôles dans la chaîne, du client à l'hébergeur
  3. 03Le jour où le client demande la liste
  4. 04Les colonnes du registre
  5. 05Sept colonnes suffisent
  6. 06Les services à recenser pour un site client
  7. 07Huit familles de services à passer en revue
  8. 08Cartographier un site en huit étapes
  9. 09Les points d'un accord de sous-traitance à vérifier
  10. 10Ce que doit couvrir l'accord
  11. 11Gardez la preuve à côté de la ligne
  12. 12Relier le registre aux clients et au rythme de revue
  13. 13Ce qu'un prestataire unique change dans le registre
  14. 14Trois gestes à faire cette semaine, et les sources officielles

Qui est responsable, qui est sous-traitant, et pourquoi l'agence est dans la chaîne

Le règlement (UE) 2016/679 distingue le responsable de traitement, qui décide des finalités et des moyens, et le sous-traitant, qui traite des données personnelles pour son compte. Votre client, qui exploite son site, sa boutique ou sa newsletter, est en général responsable de traitement. Dès que vous hébergez, administrez ou sauvegardez ce site, vous traitez ces données pour lui : l'agence agit alors, le plus souvent, comme sous-traitant. L'hébergeur, le fournisseur d'e-mail ou le service de sauvegarde que vous employez travaillent à leur tour pour votre compte. Ce sont des sous-traitants ultérieurs de l'agence, qui ne devraient intervenir qu'avec l'autorisation écrite du client.

La qualification ne se choisit pas à sa convenance. La CNIL rappelle que le donneur d'ordre et le prestataire analysent ensemble leurs rôles, d'après ce que chacun fait réellement des données. Une agence qui réutilise les données d'un client pour ses propres besoins, par exemple sa prospection, devient responsable de traitement pour ce seul usage. L'objection fréquente, « cela concerne l'hébergeur », oublie donc que la chaîne passe par vous : c'est l'agence que le client interroge, et c'est elle qui doit savoir quels maillons elle a ajoutés.

Les rôles dans la chaîne, du client à l'hébergeur

Faites défiler le tableau

ActeurRôle le plus fréquentCe qu'il doit à l'acteur du dessus
Client final (site, boutique, newsletter)Responsable de traitementDonner des instructions écrites et choisir ses prestataires en connaissance de cause
Agence qui héberge, maintient ou sauvegarde le siteSous-traitant du clientUn accord de sous-traitance, la liste de ses propres sous-traitants et leur lieu de traitement
Hébergeur, fournisseur de serveurSous-traitant ultérieur de l'agenceUn accord équivalent, des mesures de sécurité décrites, l'information sur ses propres prestataires
Fournisseur DNS, bureau d'enregistrementSous-traitant ultérieur, selon les données traitéesTraiter les enregistrements et les journaux de requêtes selon vos instructions
Messagerie, sauvegarde hors siteSous-traitant ultérieurChiffrement, durée de conservation, suppression au départ
Agence qui réutilise les données pour elle-mêmeResponsable de traitement, pour ce seul usageUne base légale et une information des personnes, indépendantes du contrat client

Le jour où le client demande la liste

Le scénario est banal. Le client prépare un audit, répond à un appel d'offres ou remplit le questionnaire d'un grand compte, et demande la liste des sous-traitants de l'agence avec l'accord correspondant. Sans registre, l'agence reconstitue de mémoire : le serveur est chez tel hébergeur, les boîtes e-mail chez un autre, la sauvegarde dans un stockage créé un soir de panne, le DNS chez le bureau d'enregistrement d'origine. Ce travail à chaud prend des jours et laisse des trous. Un registre à jour tient sur une feuille commune plus une feuille par client, et se produit en quelques minutes. Il sert aussi l'agence elle-même : le jour d'une faille ou d'une fuite, vous savez où regarder et qui prévenir.

Les colonnes du registre

Le registre n'a pas besoin d'un outil spécialisé. Un tableur partagé, en lecture pour les clients concernés et en écriture pour deux personnes de l'agence, suffit au départ. Gardez une ligne par service et par client, plutôt qu'une ligne par prestataire : l'hébergeur d'un parc de trente sites est un seul prestataire, mais trente périmètres de données distincts. Voici les colonnes à prévoir.

Sept colonnes suffisent

  • Service — le prestataire et la prestation : hébergement du serveur, DNS, boîtes e-mail, sauvegarde hors site, supervision.
  • Rôle — responsable, sous-traitant ou sous-traitant ultérieur, du point de vue de l'agence et pour ce service précis.
  • Données concernées — catégories de données et de personnes : comptes clients d'une boutique, formulaires de contact, boîtes e-mail, journaux d'accès.
  • Localisation — pays et site de traitement, sauvegardes comprises, et accès à distance éventuel d'un prestataire situé hors de l'Union.
  • Base contractuelle — l'accord de sous-traitance, ses conditions générales ou son avenant, avec la version et l'emplacement du document signé.
  • Date de revue — le jour de la dernière vérification et celui de la prochaine : un registre sans date ne dit pas s'il est encore vrai.
  • Contact — la personne ou l'adresse du prestataire à joindre pour une demande, un incident ou une question d'audit.

Les services à recenser pour un site client

Le piège est de ne lister que l'hébergeur, parce que c'est lui qu'on paye chaque mois. Or un site client envoie des données à bien plus d'endroits : la zone DNS, la messagerie, la sauvegarde que vous avez branchée, l'outil qui reçoit les alertes, le service qui relaie le trafic, les scripts chargés depuis un tiers. Chacun peut voir des adresses IP, des adresses e-mail ou le contenu de formulaires. La liste ci-dessous sert de grille de départ ; ajoutez-y ce que votre pile contient en plus.

Huit familles de services à passer en revue

  • Hébergement — serveur mutualisé, VPS ou dédié, et l'hyperviseur ou la région qui se trouve derrière.
  • DNS — l'hébergeur de la zone, qui peut différer du bureau d'enregistrement du nom de domaine.
  • E-mail — messagerie des boîtes du client, relais d'envoi transactionnel, filtre anti-spam.
  • Sauvegarde hors site — le stockage distant, son chiffrement et sa durée de conservation.
  • Supervision — l'outil qui reçoit journaux et alertes, souvent hébergé ailleurs que le site.
  • CDN et WAF — le service qui relaie le trafic voit les adresses IP et parfois le contenu des requêtes.
  • Outils analytiques — mesure d'audience, cartes, polices et scripts chargés depuis un tiers.
  • Services applicatifs — paiement, formulaires, newsletter, chat, extensions qui transmettent des données à leur éditeur.

Cartographier un site en huit étapes

  1. Identifier le domaine et la zone DNS

    Relevez le bureau d'enregistrement et les serveurs de noms : whois votre-domaine.com puis dig +short NS votre-domaine.com. Notez qui détient la zone et qui peut la modifier.

  2. Retrouver l'hébergeur

    dig +short A votre-domaine.com donne l'adresse du site, et whois 203.0.113.10 (remplacez par l'adresse obtenue) indique le réseau qui la porte. Si un CDN s'interpose, l'adresse est la sienne : demandez l'origine au client ou lisez-la dans votre panneau d'hébergement.

  3. Relever la messagerie et les expéditeurs

    dig +short MX votre-domaine.com désigne le service de réception. dig +short TXT votre-domaine.com affiche l'enregistrement SPF, qui liste les services autorisés à envoyer au nom du domaine : newsletter, facturation, formulaires.

  4. Lister les ressources tierces chargées par le site

    Ouvrez le site avec l'onglet Réseau du navigateur et triez par domaine, ou lancez curl -s https://votre-domaine.com | grep -o 'https://[^"]*' | sort -u. Chaque domaine tiers est une ligne candidate.

  5. Inventorier sauvegarde et supervision

    Sur le serveur, crontab -l et rclone listremotes montrent où partent les copies. Ajoutez les agents de supervision et les services d'alerte que vous avez installés vous-même.

  6. Passer en revue les extensions et intégrations

    Pour WordPress, wp plugin list donne les extensions ; pour une autre pile, lisez le fichier de dépendances. Gardez celles qui envoient des données à l'extérieur.

  7. Remplir le registre et qualifier chaque ligne

    Pour chaque service, indiquez le rôle, les données, la localisation et le contact. Ce que vous ne savez pas remplir devient une question écrite au prestataire.

  8. Joindre l'accord et fixer la revue

    Rattachez à chaque ligne le document contractuel, sa version et la date de revue suivante. Une ligne sans accord est signalée en orange tant qu'il n'est pas obtenu.

Les points d'un accord de sous-traitance à vérifier

Un accord ne se signe pas les yeux fermés, et il ne se résume pas à une case cochée dans un panneau client. Pour l'hébergeur, le DNS ou la sauvegarde, vérifiez que le document couvre les sept points ci-dessous. Nous ne citons ici aucun article de loi : la CNIL publie un guide du sous-traitant et un exemple de clauses, à lire avec votre conseil. Si un point manque, ne le déduisez pas du silence du contrat : demandez-le par écrit et conservez la réponse avec la ligne du registre.

Ce que doit couvrir l'accord

  • Objet et nature du traitement — ce que le prestataire fait des données, pour quelle finalité, sur quelles catégories de données et de personnes.
  • Durée — la période du traitement, qui suit en principe celle du contrat de service.
  • Instructions documentées — le prestataire ne traite que sur instruction écrite et signale toute instruction qui lui semble contraire aux règles.
  • Sécurité — mesures techniques et d'organisation décrites, confidentialité des personnes habilitées, notification des incidents.
  • Sous-traitants ultérieurs — autorisation générale ou ponctuelle, liste communiquée, information préalable de tout changement et droit d'opposition.
  • Retour ou suppression — restitution ou effacement des données au terme de la prestation, avec un délai et une preuve.
  • Audit et assistance — informations permettant de démontrer la conformité, audits possibles, aide pour répondre aux demandes des personnes concernées.

Gardez la preuve à côté de la ligne

Pour chaque prestataire, conservez un lien vers le document signé, la date d'acceptation si l'accord s'accepte en ligne, et une copie de la liste des sous-traitants ultérieurs qu'il publie. Quand ce prestataire modifie sa liste, la ligne du registre se revoit le jour même, pas à la prochaine échéance.

Relier le registre aux clients et au rythme de revue

Tenez le registre sur deux niveaux. Une feuille commune décrit chaque prestataire une seule fois : accord, localisation, contact, liste de ses sous-traitants ultérieurs. Une feuille par client indique quels services touchent ses données et quel périmètre ils couvrent. Quand un client demande sa liste, vous extrayez ses lignes, sans rien reconstituer. Fixez une revue à rythme régulier, par exemple chaque trimestre, et une revue déclenchée par tout changement : nouveau prestataire, migration de serveur, nouvelle extension qui appelle un service externe. L'audit mensuel d'un VPS client et le test de restauration d'une sauvegarde sont de bons moments pour relever ces écarts, parce que vous y regardez déjà ce qui tourne réellement.

Ce qu'un prestataire unique change dans le registre

Chaque service pris chez un acteur distinct ajoute une ligne, un accord à collecter, un contact à tenir et une liste de sous-traitants ultérieurs à suivre. Regrouper domaine, hébergement et DNS chez un même prestataire réduit mécaniquement le nombre de lignes, et ce qui reste à relire. La contrepartie existe : la dépendance à un seul fournisseur se note elle aussi dans le registre, avec la manière de repartir si nécessaire. Sur ServOrbit.com, les pages /pourquoi/securite et /pourquoi/infrastructure décrivent ce que nous exploitons et où. Elles ne remplacent pas un document contractuel et cet article n'affirme aucune certification : pour obtenir les documents d'un service précis, écrivez à [email protected] en indiquant le périmètre visé.

Trois gestes à faire cette semaine, et les sources officielles

Créez le tableur avec les sept colonnes. Remplissez-le pour le client dont les données sont les plus sensibles, avec les huit étapes de cartographie. Envoyez ensuite une demande écrite à chaque prestataire dont l'accord ou la liste de sous-traitants ultérieurs manque. Pour les textes de référence, appuyez-vous sur les sources officielles : le guide du sous-traitant de la CNIL (https://www.cnil.fr/fr/reglement-europeen-sur-la-protection-des-donnees-un-guide-pour-accompagner-les-sous-traitants), sa page consacrée au sous-traitant (https://www.cnil.fr/fr/qualification-juridique-sous-traitance) et le texte du règlement sur EUR-Lex (https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2016/679/oj). Cet article est un repère pratique et ne constitue pas un conseil juridique : faites valider vos accords et vos qualifications par un professionnel du droit.

Moins de prestataires, moins de lignes à tenir

Domaine, hébergement et DNS chez un seul prestataire : votre registre de sous-traitants compte moins de lignes et moins d'accords à collecter. Avec l'offre agences de ServOrbit.com, vous suivez le portefeuille de vos clients depuis un seul espace.

Besoin d'aide ?

Parcourez notre centre d'aide et notre FAQ, ou contactez notre équipe — rappel, WhatsApp ou e-mail. Support en français, anglais et arabe.

Écrire sur WhatsApps'ouvre dans un nouvel onglet