Qui est responsable, qui est sous-traitant, et pourquoi l'agence est dans la chaîne
Le règlement (UE) 2016/679 distingue le responsable de traitement, qui décide des finalités et des moyens, et le sous-traitant, qui traite des données personnelles pour son compte. Votre client, qui exploite son site, sa boutique ou sa newsletter, est en général responsable de traitement. Dès que vous hébergez, administrez ou sauvegardez ce site, vous traitez ces données pour lui : l'agence agit alors, le plus souvent, comme sous-traitant. L'hébergeur, le fournisseur d'e-mail ou le service de sauvegarde que vous employez travaillent à leur tour pour votre compte. Ce sont des sous-traitants ultérieurs de l'agence, qui ne devraient intervenir qu'avec l'autorisation écrite du client.
La qualification ne se choisit pas à sa convenance. La CNIL rappelle que le donneur d'ordre et le prestataire analysent ensemble leurs rôles, d'après ce que chacun fait réellement des données. Une agence qui réutilise les données d'un client pour ses propres besoins, par exemple sa prospection, devient responsable de traitement pour ce seul usage. L'objection fréquente, « cela concerne l'hébergeur », oublie donc que la chaîne passe par vous : c'est l'agence que le client interroge, et c'est elle qui doit savoir quels maillons elle a ajoutés.
Les rôles dans la chaîne, du client à l'hébergeur
Faites défiler le tableau
| Acteur | Rôle le plus fréquent | Ce qu'il doit à l'acteur du dessus |
|---|---|---|
| Client final (site, boutique, newsletter) | Responsable de traitement | Donner des instructions écrites et choisir ses prestataires en connaissance de cause |
| Agence qui héberge, maintient ou sauvegarde le site | Sous-traitant du client | Un accord de sous-traitance, la liste de ses propres sous-traitants et leur lieu de traitement |
| Hébergeur, fournisseur de serveur | Sous-traitant ultérieur de l'agence | Un accord équivalent, des mesures de sécurité décrites, l'information sur ses propres prestataires |
| Fournisseur DNS, bureau d'enregistrement | Sous-traitant ultérieur, selon les données traitées | Traiter les enregistrements et les journaux de requêtes selon vos instructions |
| Messagerie, sauvegarde hors site | Sous-traitant ultérieur | Chiffrement, durée de conservation, suppression au départ |
| Agence qui réutilise les données pour elle-même | Responsable de traitement, pour ce seul usage | Une base légale et une information des personnes, indépendantes du contrat client |
Le jour où le client demande la liste
Le scénario est banal. Le client prépare un audit, répond à un appel d'offres ou remplit le questionnaire d'un grand compte, et demande la liste des sous-traitants de l'agence avec l'accord correspondant. Sans registre, l'agence reconstitue de mémoire : le serveur est chez tel hébergeur, les boîtes e-mail chez un autre, la sauvegarde dans un stockage créé un soir de panne, le DNS chez le bureau d'enregistrement d'origine. Ce travail à chaud prend des jours et laisse des trous. Un registre à jour tient sur une feuille commune plus une feuille par client, et se produit en quelques minutes. Il sert aussi l'agence elle-même : le jour d'une faille ou d'une fuite, vous savez où regarder et qui prévenir.
Les colonnes du registre
Le registre n'a pas besoin d'un outil spécialisé. Un tableur partagé, en lecture pour les clients concernés et en écriture pour deux personnes de l'agence, suffit au départ. Gardez une ligne par service et par client, plutôt qu'une ligne par prestataire : l'hébergeur d'un parc de trente sites est un seul prestataire, mais trente périmètres de données distincts. Voici les colonnes à prévoir.
Sept colonnes suffisent
- Service — le prestataire et la prestation : hébergement du serveur, DNS, boîtes e-mail, sauvegarde hors site, supervision.
- Rôle — responsable, sous-traitant ou sous-traitant ultérieur, du point de vue de l'agence et pour ce service précis.
- Données concernées — catégories de données et de personnes : comptes clients d'une boutique, formulaires de contact, boîtes e-mail, journaux d'accès.
- Localisation — pays et site de traitement, sauvegardes comprises, et accès à distance éventuel d'un prestataire situé hors de l'Union.
- Base contractuelle — l'accord de sous-traitance, ses conditions générales ou son avenant, avec la version et l'emplacement du document signé.
- Date de revue — le jour de la dernière vérification et celui de la prochaine : un registre sans date ne dit pas s'il est encore vrai.
- Contact — la personne ou l'adresse du prestataire à joindre pour une demande, un incident ou une question d'audit.
Les services à recenser pour un site client
Le piège est de ne lister que l'hébergeur, parce que c'est lui qu'on paye chaque mois. Or un site client envoie des données à bien plus d'endroits : la zone DNS, la messagerie, la sauvegarde que vous avez branchée, l'outil qui reçoit les alertes, le service qui relaie le trafic, les scripts chargés depuis un tiers. Chacun peut voir des adresses IP, des adresses e-mail ou le contenu de formulaires. La liste ci-dessous sert de grille de départ ; ajoutez-y ce que votre pile contient en plus.
Huit familles de services à passer en revue
- Hébergement — serveur mutualisé, VPS ou dédié, et l'hyperviseur ou la région qui se trouve derrière.
- DNS — l'hébergeur de la zone, qui peut différer du bureau d'enregistrement du nom de domaine.
- E-mail — messagerie des boîtes du client, relais d'envoi transactionnel, filtre anti-spam.
- Sauvegarde hors site — le stockage distant, son chiffrement et sa durée de conservation.
- Supervision — l'outil qui reçoit journaux et alertes, souvent hébergé ailleurs que le site.
- CDN et WAF — le service qui relaie le trafic voit les adresses IP et parfois le contenu des requêtes.
- Outils analytiques — mesure d'audience, cartes, polices et scripts chargés depuis un tiers.
- Services applicatifs — paiement, formulaires, newsletter, chat, extensions qui transmettent des données à leur éditeur.
Cartographier un site en huit étapes
Identifier le domaine et la zone DNS
Relevez le bureau d'enregistrement et les serveurs de noms :
whois votre-domaine.compuisdig +short NS votre-domaine.com. Notez qui détient la zone et qui peut la modifier.Retrouver l'hébergeur
dig +short A votre-domaine.comdonne l'adresse du site, etwhois 203.0.113.10(remplacez par l'adresse obtenue) indique le réseau qui la porte. Si un CDN s'interpose, l'adresse est la sienne : demandez l'origine au client ou lisez-la dans votre panneau d'hébergement.Relever la messagerie et les expéditeurs
dig +short MX votre-domaine.comdésigne le service de réception.dig +short TXT votre-domaine.comaffiche l'enregistrement SPF, qui liste les services autorisés à envoyer au nom du domaine : newsletter, facturation, formulaires.Lister les ressources tierces chargées par le site
Ouvrez le site avec l'onglet Réseau du navigateur et triez par domaine, ou lancez
curl -s https://votre-domaine.com | grep -o 'https://[^"]*' | sort -u. Chaque domaine tiers est une ligne candidate.Inventorier sauvegarde et supervision
Sur le serveur,
crontab -letrclone listremotesmontrent où partent les copies. Ajoutez les agents de supervision et les services d'alerte que vous avez installés vous-même.Passer en revue les extensions et intégrations
Pour WordPress,
wp plugin listdonne les extensions ; pour une autre pile, lisez le fichier de dépendances. Gardez celles qui envoient des données à l'extérieur.Remplir le registre et qualifier chaque ligne
Pour chaque service, indiquez le rôle, les données, la localisation et le contact. Ce que vous ne savez pas remplir devient une question écrite au prestataire.
Joindre l'accord et fixer la revue
Rattachez à chaque ligne le document contractuel, sa version et la date de revue suivante. Une ligne sans accord est signalée en orange tant qu'il n'est pas obtenu.
Les points d'un accord de sous-traitance à vérifier
Un accord ne se signe pas les yeux fermés, et il ne se résume pas à une case cochée dans un panneau client. Pour l'hébergeur, le DNS ou la sauvegarde, vérifiez que le document couvre les sept points ci-dessous. Nous ne citons ici aucun article de loi : la CNIL publie un guide du sous-traitant et un exemple de clauses, à lire avec votre conseil. Si un point manque, ne le déduisez pas du silence du contrat : demandez-le par écrit et conservez la réponse avec la ligne du registre.
Ce que doit couvrir l'accord
- Objet et nature du traitement — ce que le prestataire fait des données, pour quelle finalité, sur quelles catégories de données et de personnes.
- Durée — la période du traitement, qui suit en principe celle du contrat de service.
- Instructions documentées — le prestataire ne traite que sur instruction écrite et signale toute instruction qui lui semble contraire aux règles.
- Sécurité — mesures techniques et d'organisation décrites, confidentialité des personnes habilitées, notification des incidents.
- Sous-traitants ultérieurs — autorisation générale ou ponctuelle, liste communiquée, information préalable de tout changement et droit d'opposition.
- Retour ou suppression — restitution ou effacement des données au terme de la prestation, avec un délai et une preuve.
- Audit et assistance — informations permettant de démontrer la conformité, audits possibles, aide pour répondre aux demandes des personnes concernées.
Gardez la preuve à côté de la ligne
Pour chaque prestataire, conservez un lien vers le document signé, la date d'acceptation si l'accord s'accepte en ligne, et une copie de la liste des sous-traitants ultérieurs qu'il publie. Quand ce prestataire modifie sa liste, la ligne du registre se revoit le jour même, pas à la prochaine échéance.
Relier le registre aux clients et au rythme de revue
Tenez le registre sur deux niveaux. Une feuille commune décrit chaque prestataire une seule fois : accord, localisation, contact, liste de ses sous-traitants ultérieurs. Une feuille par client indique quels services touchent ses données et quel périmètre ils couvrent. Quand un client demande sa liste, vous extrayez ses lignes, sans rien reconstituer. Fixez une revue à rythme régulier, par exemple chaque trimestre, et une revue déclenchée par tout changement : nouveau prestataire, migration de serveur, nouvelle extension qui appelle un service externe. L'audit mensuel d'un VPS client et le test de restauration d'une sauvegarde sont de bons moments pour relever ces écarts, parce que vous y regardez déjà ce qui tourne réellement.
Ce qu'un prestataire unique change dans le registre
Chaque service pris chez un acteur distinct ajoute une ligne, un accord à collecter, un contact à tenir et une liste de sous-traitants ultérieurs à suivre. Regrouper domaine, hébergement et DNS chez un même prestataire réduit mécaniquement le nombre de lignes, et ce qui reste à relire. La contrepartie existe : la dépendance à un seul fournisseur se note elle aussi dans le registre, avec la manière de repartir si nécessaire. Sur ServOrbit.com, les pages /pourquoi/securite et /pourquoi/infrastructure décrivent ce que nous exploitons et où. Elles ne remplacent pas un document contractuel et cet article n'affirme aucune certification : pour obtenir les documents d'un service précis, écrivez à [email protected] en indiquant le périmètre visé.
Trois gestes à faire cette semaine, et les sources officielles
Créez le tableur avec les sept colonnes. Remplissez-le pour le client dont les données sont les plus sensibles, avec les huit étapes de cartographie. Envoyez ensuite une demande écrite à chaque prestataire dont l'accord ou la liste de sous-traitants ultérieurs manque. Pour les textes de référence, appuyez-vous sur les sources officielles : le guide du sous-traitant de la CNIL (https://www.cnil.fr/fr/reglement-europeen-sur-la-protection-des-donnees-un-guide-pour-accompagner-les-sous-traitants), sa page consacrée au sous-traitant (https://www.cnil.fr/fr/qualification-juridique-sous-traitance) et le texte du règlement sur EUR-Lex (https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2016/679/oj). Cet article est un repère pratique et ne constitue pas un conseil juridique : faites valider vos accords et vos qualifications par un professionnel du droit.