Tutoriel

Passer les domaines clients en DMARC p=reject, par paliers

E-mail professionnel11 min de lecture7 étapes

Une agence qui gère vingt domaines clients ne peut pas les laisser indéfiniment en p=none, ni les basculer tous en p=reject un vendredi soir. Chaque client a ses propres outils d'envoi (newsletter, facturation, CRM, support), et le premier devis refusé sera attribué à celui qui a touché au DNS. Ce guide propose une méthode répétable par domaine : publier des rapports, dresser l'inventaire des expéditeurs, corriger l'alignement, passer par quarantine, puis reject. Il donne les enregistrements de chaque palier, un calendrier, les flux qui cassent malgré tout et le message à envoyer au client, pour que le risque résiduel soit dit avant.

Sommaire· Pourquoi un parc de clients ne passe pas en reject d'un seul geste1/14
  1. 01Pourquoi un parc de clients ne passe pas en reject d'un seul geste
  2. 02Publier p=none avec une adresse de rapports, client par client
  3. 03Lire une ligne de rapport : les champs qui comptent
  4. 04Alignement : pourquoi un outil qui passe SPF et DKIM échoue quand même
  5. 05Matrice des expéditeurs tiers à aligner
  6. 06Le calendrier type d'un domaine, palier après palier
  7. 07Sous-domaines : sp, np et sous-domaine d'envoi dédié
  8. 08Les flux qui cassent : listes de diffusion, transferts, alias
  9. 09Prouver le résultat avant de prévenir le client
  10. 10Le message à envoyer au client avant chaque palier
  11. 11Tableau de suivi du parc
  12. 12Dépannage : cinq échecs fréquents sur un parc
  13. 13Symptômes et remèdes
  14. 14La documentation officielle

Pourquoi un parc de clients ne passe pas en reject d'un seul geste

Un domaine unique se pilote à vue. Un portefeuille, non : chaque client a des outils que l'agence ne connaît pas toujours en entier. Le déclencheur est souvent externe. Depuis le 1er février 2024, Gmail demande SPF, DKIM et DMARC aux expéditeurs de plus de 5 000 messages par jour, Yahoo pose une exigence voisine et Outlook.com applique des règles comparables aux gros volumes. Chez Gmail comme chez Yahoo, le plancher est un DMARC publié avec p=none : ces exigences ne vous demandent pas de passer en reject. Ce qui y pousse, c'est l'usurpation : un client dont le nom sert à envoyer de fausses factures, ou dont les vraies factures finissent en spam.

Le risque est symétrique. Un reject posé trop tôt refuse du courrier légitime, et c'est vous que le client appellera. La norme DMARCbis (RFC 9989, publiée en mai 2026, qui remplace RFC 7489) recommande une progression : p=none au moins un mois, puis p=quarantine pour une durée comparable, en comparant les résultats. Les définitions des trois politiques sont dans notre guide sur DMARC p=quarantine, et ce qui change avec la nouvelle norme dans DMARCbis. Ici, on traite le travail propre à un parc : inventaire, calendrier, communication.

Publier p=none avec une adresse de rapports, client par client

Pour chaque domaine, la première écriture est un enregistrement TXT sur _dmarc.votre-domaine.com : v=DMARC1; p=none; rua=mailto:[email protected]. Le p=none ne change rien à la livraison ; il demande aux récepteurs de vous envoyer des rapports agrégés, un fichier XML compressé par récepteur et par jour. Si vous centralisez les rapports de tous vos clients sur une adresse de l'agence, par exemple [email protected], le domaine de cette adresse diffère de celui du client, et le récepteur doit vérifier votre accord. La norme sur les rapports (RFC 9990) prévoit pour cela un enregistrement TXT sur client-exemple.com._report._dmarc.agence-exemple.com, qui contient au moins v=DMARC1. Sans lui, le récepteur ignore l'adresse et vous ne recevez rien. Un enregistrement générique *._report._dmarc.agence-exemple.com autorise tous les domaines d'un coup.

Centraliser donne une vue d'ensemble, mais mélange les clients dans la même boîte. Une adresse par client, ou un tri par domaine du champ header_from, évite de lire les rapports d'un client en y cherchant un autre.

Lire une ligne de rapport : les champs qui comptent

  • source_ip — l'adresse qui a remis le message ; une recherche inverse ou l'en-tête Received d'un message d'essai donne le fournisseur derrière.
  • count — le nombre de messages de la ligne ; il hiérarchise le travail, on traite d'abord les gros volumes.
  • disposition — ce que le récepteur a appliqué : none, quarantine ou reject. En p=none tout vaut none ; la colonne devient utile aux paliers suivants.
  • dkim et spf — le résultat évalué pour DMARC, donc avec alignement. Un DKIM valide mais non aligné y apparaît en fail.
  • header_from — le domaine visible dans le champ From, celui que DMARC protège.
  • envelope_from — le domaine d'enveloppe (Return-Path) sur lequel SPF s'aligne ; un domaine de fournisseur à cet endroit explique un échec SPF.
  • Lignes sans propriétaire — une IP inconnue avec un gros count est soit un outil oublié du client, soit une usurpation : on demande au client avant de conclure.

Alignement : pourquoi un outil qui passe SPF et DKIM échoue quand même

DMARC exige que SPF ou DKIM soit aligné avec le domaine du champ From. SPF s'aligne sur le domaine d'enveloppe (Return-Path), pas sur le From ; DKIM s'aligne sur le domaine d= de la signature. Un service de newsletter qui envoie avec son propre Return-Path et signe avec son propre d= passe SPF et DKIM chez lui, et échoue DMARC chez votre client, puisqu'aucun des deux domaines n'est celui du From. Par défaut l'alignement est relaxed (aspf et adkim valent r) : un sous-domaine du même domaine organisationnel suffit. En strict (s), le domaine doit être identique. Gardez le relaxed, sauf besoin précis.

La parade est presque toujours la même : faire signer l'outil avec le domaine du client, en publiant les enregistrements CNAME DKIM que le fournisseur fournit. Un seul alignement suffit, donc le Return-Path propre au fournisseur est sans conséquence si DKIM est aligné. Quand vous ajoutez un include: SPF, comptez : RFC 7208 limite l'évaluation à 10 recherches DNS, et au-delà le résultat est une erreur permanente (permerror).

Matrice des expéditeurs tiers à aligner

Faites défiler le tableau

ExpéditeurCe que fournit le prestataireÀ publier chez le client
Newsletter, e-mailingClé DKIM et domaine d'envoiCNAME DKIM ; sous-domaine d'envoi dédié recommandé
CRM, automatisation marketingSignature DKIM au nom du clientCNAME DKIM ; `include:` SPF seulement si le prestataire l'exige
Facturation, paiement en ligneEnvoi depuis ses serveursCNAME DKIM du prestataire ; à défaut, envoi depuis un sous-domaine d'envoi dédié
Helpdesk, ticketsAdresse d'expédition à validerCNAME DKIM et validation du domaine d'expédition
Messagerie principaleEnregistrements SPF et DKIM documentés`include:` SPF et clé DKIM du fournisseur de messagerie
Site web (formulaires, boutique)Envoi par le serveur du site ou un relaisSMTP authentifié avec le domaine du client

Le calendrier type d'un domaine, palier après palier

  1. Semaine 0 : publier p=none

    Relevez le domaine, puis publiez v=DMARC1; p=none; rua=mailto:[email protected]. Contrôlez avec dig +short TXT _dmarc.votre-domaine.com. Les premiers rapports arrivent sous 24 à 48 heures.

  2. Semaines 1 à 4 : observer et revoir chaque semaine

    La norme recommande au moins un mois de p=none. Chaque semaine, regroupez les lignes par fournisseur et remplissez le tableau de suivi : expéditeur, volume, aligné ou non, légitime ou non.

  3. Corriger chaque expéditeur légitime non aligné

    Publiez les CNAME DKIM du prestataire, envoyez un message d'essai vers une boîte Gmail et vérifiez dmarc=pass dans l'en-tête. Un outil abandonné ne se corrige pas : on le note comme à refuser.

  4. Semaines 5 à 8 : poser quarantine

    Remplacez par v=DMARC1; p=quarantine; sp=quarantine; rua=mailto:[email protected], pour une durée comparable à celle de la phase précédente. Les échecs vont en spam au lieu d'être refusés : la colonne disposition des rapports montre ce qui serait perdu.

  5. Ne pas compter sur pct comme filet

    RFC 9989 a retiré la balise pct, jugée peu fiable hors des valeurs 0 et 100, et ajouté t=y pour demander de ne pas appliquer la politique. Le support de t par Gmail, Yahoo et Microsoft n'est pas documenté à ce jour : ne bâtissez pas un palier dessus.

  6. Semaines 9 à 12 : passer en reject

    Si quarantine n'a révélé aucun expéditeur légitime en échec, publiez v=DMARC1; p=reject; sp=reject; np=reject; rua=mailto:[email protected]. Prévenez le client la veille, et surveillez les rapports quotidiennement pendant une semaine.

  7. Garder la revue après le reject

    Chaque nouvel outil que le client adopte devient un expéditeur à aligner. Demandez-le dans le contrat d'accompagnement : tout nouvel outil d'envoi est déclaré avant sa mise en service, puis reporté au tableau de suivi.

Sous-domaines : sp, np et sous-domaine d'envoi dédié

Un sous-domaine sans enregistrement propre hérite de la politique du domaine organisationnel. La balise sp fixe la politique des sous-domaines existants, np celle des sous-domaines inexistants ; à défaut de np on retombe sur sp, puis sur p (RFC 9989, définition des balises). Sur un enregistrement publié dans un sous-domaine, sp est ignoré. np est récente : un récepteur qui ne la connaît pas l'ignore et applique sp.

L'usage typique concerne les faux sous-domaines. Un fraudeur qui écrit depuis facture.client-exemple.com, un sous-domaine qui n'existe pas, est arrêté par np=reject sans risque pour le courrier réel, puisque rien de légitime n'en part. Pour les outils tiers, préférez un sous-domaine d'envoi dédié, par exemple news.votre-domaine.com : l'outil y est aligné en relaxed, ses clés et son SPF n'encombrent pas le domaine principal, et vous pouvez durcir celui-ci sans attendre ce flux. Un enregistrement _dmarc propre au sous-domaine permet même un calendrier distinct.

Les flux qui cassent : listes de diffusion, transferts, alias

Certains messages légitimes échouent DMARC par construction, parce qu'un intermédiaire les retransmet en gardant le From d'origine. Une liste qui ajoute un pied de page invalide la signature DKIM ; une redirection invalide SPF, car l'IP qui remet le message n'est plus celle que le domaine autorise. La norme le dit en toutes lettres (RFC 9989, partie interopérabilité) : p=reject peut être incompatible avec ces flux indirects, et les domaines dont les utilisateurs écrivent sur des listes ne devraient pas le publier. ARC (RFC 8617) est cité comme tentative de solution, mais aucune méthode n'est devenue largement utilisée. La norme demande aussi aux récepteurs de ne pas rejeter sur la seule base d'un p=reject et, faute d'autre analyse, de traiter le message comme avec quarantine : le reject n'est donc pas toujours appliqué à la lettre, ce qui n'est pas une raison de l'ignorer.

Ces cas se repèrent avant de basculer. Cherchez dans les rapports des lignes dont l'IP appartient à un relais de liste ou à un service de transfert, dont spf et dkim échouent et dont le count est faible mais régulier. Interrogez ensuite le client : alias d'anciens élèves, association, adresse qui redirige vers une boîte personnelle. Pour un domaine dont les adresses servent à écrire sur des listes publiques, restez en quarantine : c'est un choix défendable, à consigner dans le tableau de suivi.

Prouver le résultat avant de prévenir le client

Envoyez un message d'essai depuis chaque outil vers une boîte Gmail, ouvrez « Afficher l'original » et cherchez la ligne Authentication-Results : elle doit contenir dmarc=pass header.from=votre-domaine.com. Après le passage en reject, un refus SMTP porte un code en 5.7.x et un texte propre au récepteur. Gardez la capture du message de refus et la ligne correspondante du rapport rua : elles montrent au client que l'outil fautif était identifié et signalé, et non découvert après coup.

Le message à envoyer au client avant chaque palier

Le client n'a pas à comprendre DMARC, mais il doit savoir ce qui change, quand, et ce qu'on attend de lui. Quatre phrases suffisent.

Objet : protection de votre domaine contre l'usurpation d'e-mail

Bonjour, nous renforçons la protection de votre domaine votre-domaine.com contre l'usurpation de vos adresses. À partir du [date], les messages qui se présentent comme venant de votre domaine sans être authentifiés seront placés en spam, puis refusés à partir du [date suivante]. Pour ne perdre aucun envoi légitime, pouvez-vous nous lister avant le [date] tous les outils qui envoient des e-mails en votre nom (newsletter, facturation, CRM, support, site) ? Un risque subsiste pour les listes de diffusion et les redirections d'adresses : dites-nous si vous en utilisez.

Conservez la réponse dans le dossier du client : elle fixe qui a déclaré quels outils, et à quelle date.

Tableau de suivi du parc

Faites défiler le tableau

DomainePolitique actuelle et prochain palierExpéditeurs validés et statut du client
client-a-exemple.comp=none, quarantine à S+4Messagerie et newsletter validées ; facturation à confirmer
client-b-exemple.comp=quarantine, reject à S+8Quatre expéditeurs alignés ; aucun échec légitime en rapport
client-c-exemple.comp=reject, revue hebdomadaireCRM ajouté par le client, DKIM à publier
client-d-exemple.comp=quarantine, sans reject prévuAdresses utilisées sur des listes ; choix consigné
client-e-exemple.comp=none, aucun palier prévuClient sans réponse ; relance à planifier

Dépannage : cinq échecs fréquents sur un parc

Sur un portefeuille, les mêmes cinq incidents reviennent. Les voici avec leur cause et le geste qui les lève.

Symptômes et remèdes

  • Aucun rapport n'arrive — l'adresse rua est sur un autre domaine que celui du client et l'enregistrement _report._dmarc d'autorisation manque : publiez-le, sinon le récepteur ignore l'adresse.
  • Un outil passe SPF et DKIM mais échoue DMARC — son Return-Path et son d= sont ceux du prestataire : publiez les CNAME DKIM au nom du client pour aligner DKIM.
  • SPF en permerror — plus de 10 recherches DNS (RFC 7208) : retirez les include: d'outils abandonnés ou déplacez l'outil sur un sous-domaine d'envoi dédié.
  • Un nouvel outil est refusé après le reject — le client l'a adopté sans prévenir : revenez en quarantine le temps d'aligner l'outil, plutôt que d'assouplir l'alignement.
  • Le client ne répond pas — restez en p=none ou en quarantine, notez la relance et la date dans le tableau de suivi ; un reject posé sans inventaire engage votre responsabilité.

La documentation officielle

RFC 9989, DMARCbis (balises, sous-domaines, interopérabilité) : https://www.rfc-editor.org/rfc/rfc9989.html

RFC 9990, rapports agrégés DMARC (destinations externes) : https://www.rfc-editor.org/rfc/rfc9990.html

RFC 7208, SPF (limite de 10 recherches DNS) : https://www.rfc-editor.org/rfc/rfc7208.html

RFC 8617, ARC : https://www.rfc-editor.org/rfc/rfc8617.html

Exigences Gmail pour les expéditeurs en masse : https://support.google.com/a/answer/81126

Bonnes pratiques Yahoo pour les expéditeurs : https://senders.yahooinc.com/best-practices/

Exigences Outlook pour les gros volumes : https://techcommunity.microsoft.com/blog/microsoftdefenderforoffice365blog/strengthening-email-ecosystem-outlook%E2%80%99s-new-requirements-for-high%E2%80%90volume-senders/4399730

Les domaines de vos clients au même endroit

Vos clients, leurs domaines et leur hébergement dans un même espace : vous gérez la relation, nous tenons l'infrastructure

Besoin d'aide ?

Parcourez notre centre d'aide et notre FAQ, ou contactez notre équipe — rappel, WhatsApp ou e-mail. Support en français, anglais et arabe.

Écrire sur WhatsApps'ouvre dans un nouvel onglet