Ce que l'archivage du dépôt AGPL d'AppFlowy change
AppFlowy proposait deux pièces distinctes : l'application cliente (Flutter + Rust, toujours active) et AppFlowy-Cloud, le serveur de collaboration multi-utilisateurs. C'est ce second dépôt — AppFlowy-IO/AppFlowy-Cloud — qui a été archivé le 11 septembre 2026 par l'organisation.
L'organisation renvoie désormais les utilisateurs vers AppFlowy-SelfHost-Commercial : un dépôt dont la base de code est propriétaire. On peut toujours déployer AppFlowy en mode serveur, mais plus sous licence libre. Ce n'est pas une évolution de licence sur le même code : c'est un fork commercial fermé qui remplace le dépôt public.
Pour les équipes qui citaient la licence AGPL comme condition de déploiement — exigence de conformité, politique DSI, contrat client — l'argument disparaît du jour au lendemain. Et pour celles qui avaient choisi AppFlowy précisément parce qu'une organisation fermant boutique ne laisse pas ses utilisateurs sans recours, l'ironie est réelle : la pièce qui gère la collaboration de l'équipe n'est plus auditable.
Ce qui ne change pas — et ce qui change vraiment
- L'application cliente AppFlowy reste open source (AGPL-3.0) et reçoit des mises à jour régulières — v0.14.8 publiée le 8 octobre 2026.
- En mode solo ou local, AppFlowy fonctionne encore : l'archivage ne désactive rien côté client.
- Le serveur multi-utilisateurs n'est plus sous licence libre : aucun audit de sécurité tiers ne peut porter sur la base commerciale.
- Les correctifs de sécurité du côté serveur ne seront pas publiés en open source. Un CVE sur le serveur ne peut plus être vérifié de l'extérieur.
- La communauté qui maintenait des forks et des plugins autour d'AppFlowy-Cloud perd sa base : un fork du dernier commit AGPL existe, mais sans patches en aval.
- La migration forcée vers le serveur commercial introduit une dépendance à l'éditeur que l'AGPL visait précisément à éviter.
Docmost : ce que couvre encore l'AGPL en 2026
Docmost est une base de connaissance collaborative publiée sous licence AGPL-3.0 sur github.com/docmost/docmost. Son modèle de distribution ressemble à celui qu'AppFlowy promettait : un cœur entièrement libre, des extensions commerciales opt-in pour les grands comptes.
L'édition Open Source couvre l'essentiel : espaces et pages hiérarchiques, édition collaborative en temps réel, commentaires, historique de versions, permissions granulaires par espace, support RTL (ajouté en v0.96.0 — septembre 2026). Aucun plafond de membres, aucune fonction bloquée derrière un paywall dans l'édition de base.
Les éditions Business et Enterprise ajoutent des fonctions d'audit, d'export DOCX et de gouvernance pour les équipes qui en ont besoin — mais elles se greffent sur une base Open Source qui reste complète. La licence AGPL-3.0 du cœur impose à tout hébergeur d'en redistribuer les modifications : c'est la garantie que le code du serveur en face de vos données reste auditable.
AppFlowy-Cloud AGPL vs Docmost — état au 9 octobre 2026
Faites défiler le tableau
| Critère | AppFlowy-Cloud (AGPL) | Docmost |
|---|---|---|
| Licence serveur | AGPL-3.0 → archivé sept. 2026 | AGPL-3.0 active |
| Dépôt serveur | Archivé (lecture seule) | Actif, v0.96.0 (sept. 2026) |
| Patches de sécurité serveur | Plus de patches publics | Publiés sur GitHub |
| Collaboration temps réel | Oui (client) | Oui (serveur + client) |
| Édition en ligne (navigateur) | Oui | Oui |
| Permissions par espace | Limité en AGPL | Inclus dans l'édition libre |
| Historique de versions | Oui | Oui |
| Support RTL (arabe) | Partiel | Complet depuis v0.96.0 |
| Self-hosting Docker | AppFlowy-SelfHost-Commercial (propriétaire) | Docker Compose officiel |
Pourquoi le dépôt client actif ne compense pas l'archivage serveur
Un argument revient souvent dans les fils de discussion : le dépôt principal AppFlowy-IO/AppFlowy — l'application de bureau et mobile — est toujours actif. C'est vrai. Mais cet argument confond la couche cliente et la couche serveur.
Dans un déploiement d'équipe, le serveur gère l'authentification, la synchronisation des données, les permissions, et le stockage des pages. C'est lui qui reçoit vos documents. C'est lui qui implémente les règles d'accès. L'application cliente, aussi libre soit-elle, ne change pas la nature du composant avec lequel elle parle.
Rester sur le dernier commit AGPL d'AppFlowy-Cloud signifie : aucun correctif de sécurité futur, des incompatibilités progressives avec le client (qui continue d'évoluer), et une base sans maintenance actuelle. C'est la définition d'une dette technique à horizon court.
Ce que dit la licence AGPL sur ce cas de figure
L'AGPL-3.0 impose qu'un service réseau qui modifie le code source distribue ses modifications. Elle n'impose pas à un éditeur de continuer à développer un projet open source. Un éditeur peut archiver un dépôt et passer à un modèle commercial : c'est légal. Ce que garantit l'AGPL, c'est que le code déjà distribué reste redistribuable. Ce qu'elle ne garantit pas, c'est que ce code recevra des patches de sécurité. D'où l'importance, à long terme, d'une communauté active autour du dépôt — ou d'un projet dont l'éditeur a un intérêt commercial à maintenir le cœur open source.
Migrer d'AppFlowy vers Docmost : ce qu'il faut anticiper
AppFlowy et Docmost n'ont pas de format d'export commun natif. La migration la plus propre passe par l'export Markdown depuis AppFlowy (disponible depuis l'interface cliente) et l'import dans Docmost. Les images et fichiers attachés demandent un traitement séparé.
Docmost gère l'import de fichiers Markdown et de structures de pages hiérarchiques. Pour un volume important, l'import en lot via l'API reste la voie la plus fiable.
Quatre points à vérifier avant de basculer : la structure de vos espaces AppFlowy (un espace = un espace Docmost), les intégrations tierces branchées sur AppFlowy-Cloud (webhooks, scripts d'automatisation), les permissions assignées par groupe, et les utilisateurs sans compte e-mail vérifié qui ne passent pas le flow d'invitation Docmost standard.
Prérequis pour héberger Docmost sur VPS
- 2 vCPU et 4 Go de RAM minimum — suffisant pour une équipe de 20 à 50 membres.
- Docker et Docker Compose installés sur le serveur.
- Un nom de domaine avec certificat TLS valide — Docmost ne sert pas de trafic HTTP en clair.
- Un reverse proxy (nginx ou Caddy) pour terminer TLS et router vers le conteneur Docmost.
- Un volume persistant pour la base de données PostgreSQL et le stockage des fichiers attachés.
- Un serveur SMTP ou un relai d'e-mail transactionnel pour les invitations d'équipe.
Déployer Docmost sur un VPS en 5 étapes
Préparer le serveur
Connectez-vous en SSH à votre VPS. Installez Docker et Docker Compose :
curl -fsSL https://get.docker.com | sh apt install -y docker-compose-pluginVérifiez que les ports 80 et 443 sont ouverts dans votre pare-feu.
Récupérer la configuration officielle
Clonez le dépôt ou téléchargez directement le
docker-compose.ymldepuis le dépôtdocmost/docmost:mkdir -p /opt/docmost && cd /opt/docmost curl -O https://raw.githubusercontent.com/docmost/docmost/main/docker-compose.yml curl -O https://raw.githubusercontent.com/docmost/docmost/main/.env.example cp .env.example .envConfigurer les variables d'environnement
Éditez
.envet renseignez au minimum :-
APP_URL: votre domaine (https://wiki.votre-domaine.com)
-APP_SECRET: une chaîne aléatoire longue (générez avecopenssl rand -hex 32)
-DATABASE_URL: conservez la valeur par défaut si vous utilisez le PostgreSQL du Compose
-SMTP_HOST,SMTP_PORT,SMTP_USERNAME,SMTP_PASSWORD: votre relai e-mailDémarrer les conteneurs
docker compose up -dDocmost démarre avec PostgreSQL et Redis. Vérifiez que les trois conteneurs sont
Up:docker compose psLe premier accès via votre domaine déclenche l'assistant de création du compte administrateur.
Configurer le reverse proxy TLS
Pointez votre nom de domaine vers l'IP du VPS. Avec nginx, ajoutez un vhost qui proxy vers le port interne de Docmost (par défaut
3000) et terminez TLS avec Let's Encrypt :apt install -y certbot python3-certbot-nginx certbot --nginx -d wiki.votre-domaine.comRedémarrez nginx. Docmost est accessible en HTTPS.
Notion / Docmost / AppFlowy — ce que vous payez réellement
Faites défiler le tableau
| Outil | Coût serveur (équipe 20) | Licence code serveur | Mises à jour sécurité |
|---|---|---|---|
| Notion Business | $400/mois (IA incluse) | SaaS propriétaire | À la charge de Notion |
| AppFlowy + serveur commercial | Infrastructure + licence éditeur | Propriétaire (depuis sept. 2026) | À la charge de l'éditeur |
| Docmost Open Source | Coût VPS uniquement | AGPL-3.0 | Publiées sur GitHub, auditables |
| Docmost Business | Coût VPS + licence Business | AGPL-3.0 (cœur) | Publiées sur GitHub, auditables |
Ce que l'archivage d'AppFlowy dit sur le modèle open-core
AppFlowy n'est pas le premier projet à franchir ce pas. Le schéma est documenté : un outil commence sous licence permissive ou copyleft, gagne en popularité, lève des fonds, et réserve progressivement le code du serveur. Ce que cet archivage illustre, c'est la limite du modèle open-core quand le cœur commercial est le serveur.
La distinction qui compte pour un responsable technique : un projet dont l'éditeur tire des revenus de la licence du serveur a un intérêt direct à rendre ce serveur difficile à substituer. Un projet dont l'éditeur tire ses revenus des éditions Enterprise — construites sur un cœur open source stable — a un intérêt à maintenir ce cœur en bon état. C'est la tension que la licence AGPL tente de réduire : en imposant la publication des modifications, elle rend le cœur plus difficile à fermer.
Docmost suit ce second modèle. Son cœur AGPL est la fondation sur laquelle repose la confiance des équipes qui choisissent de l'héberger. Retirer cette fondation reviendrait à détruire la proposition de valeur que le projet vend à ses clients Business et Enterprise.
Vérifier la santé d'un projet open source avant de migrer
Avant de migrer une base de connaissance d'équipe vers un outil self-hosted, trois signaux à vérifier : la fréquence des commits sur le dépôt serveur (pas seulement le client), la politique de publication des CVE, et le modèle économique de l'éditeur. Un projet sans revenus ou dont les revenus viennent exclusivement du SaaS a peu d'incitation à maintenir la version self-hosted. Un projet dont les clients payants hébergent eux-mêmes a une incitation forte.
Docmost en production : points d'attention
Docmost est stable en production depuis fin 2025. Quelques points à connaître avant un déploiement en équipe.
Sauvegardes : la donnée réside dans PostgreSQL et dans le volume de stockage fichiers. Une sauvegarde quotidienne automatisée des deux suffit. pg_dump schedulé via cron, et rsync ou un snapshot S3 pour les attachments.
Mises à jour : Docmost publie des releases régulières — environ une par mois en 2026. La procédure est un docker compose pull suivi d'un docker compose up -d. Les migrations de schéma sont appliquées au démarrage. Lisez les notes de version avant de mettre à jour : certaines versions introduisent des migrations non réversibles.
Authentification SSO : Docmost supporte SAML 2.0 et OIDC dans les éditions Business et Enterprise. L'édition Open Source gère l'authentification par e-mail et par invitation. Pour une équipe avec un annuaire LDAP/AD, l'édition Business est nécessaire.
Performance : sur 2 vCPU / 4 Go RAM, Docmost gère confortablement 20 à 50 membres actifs simultanément. Au-delà de 100 membres avec des espaces intensément utilisés, prévoir 4 vCPU / 8 Go et un nœud PostgreSQL dédié.
Pourquoi héberger Docmost sur un VPS dédié plutôt que sur un mutualisé
- Docmost demande Docker : les hébergements mutualisés ne l'offrent pas.
- PostgreSQL doit être accessible depuis le conteneur : la plupart des plans mutualisés ne donnent pas accès à un PostgreSQL local.
- Les volumes persistants pour les fichiers attachés doivent survivre aux redémarrages : un VPS avec stockage NVMe offre cette garantie.
- L'accès root est nécessaire pour configurer le reverse proxy TLS et les règles pare-feu.
- La scalabilité verticale d'un VPS — augmenter RAM ou CPU sans migration — couvre la croissance d'une équipe sans refonte de l'infrastructure.