Deux outils, deux philosophies
Portainer existe depuis 2017 et s'est construit autour d'une idée centrale : un seul panneau de contrôle pour toute votre infrastructure Docker, que ce soit un VPS unique, un cluster Swarm ou une flotte de nœuds distants. Il propose une interface complète — gestion des images, volumes, réseaux, RBAC par équipe, API REST et agents distants — avec une édition Community Edition gratuite et une édition Business payante.
Dockge est apparu fin 2023, développé par Louis Lam (l'auteur de Uptime Kuma). Son angle est radicalement différent : se concentrer sur les stacks Docker Compose, et seulement elles. Pas d'agents distants dans sa version de base, pas de RBAC, pas de gestion d'images à la carte. En contrepartie, il est rapide à installer, léger en mémoire et conçu pour que vos fichiers compose.yml restent lisibles et accessibles sur le système de fichiers.
Ce que les deux outils ont en commun
- Interface web accessible depuis un navigateur, sans client lourd à installer
- Démarrage et arrêt des conteneurs en un clic
- Consultation des logs en temps réel directement dans l'interface
- Gestion des stacks Docker Compose (les deux reconnaissent le format
compose.yml) - Licence open source : Portainer CE sous licence Portainer CE, Dockge sous licence MIT
- Déploiement sur un VPS avec Docker — aucun prérequis propriétaire
Empreinte mémoire : un écart de 3 contre 1
C'est le critère le plus souvent sous-estimé au moment de choisir. Sur un VPS de 2 ou 4 Go de RAM, chaque mégaoctet compte.
Dockge consomme environ 80 Mo de RAM au repos — conteneur applicatif compris. C'est l'ordre de grandeur mesuré sur un VPS 2 Go avec une dizaine de stacks actives.
Portainer CE dans sa configuration standard — interface + agent local — consomme environ 256 Mo de RAM. La différence vient de l'agent, qui tourne en continu pour surveiller le socket Docker et synchroniser l'état avec l'interface, ainsi que de la base de données intégrée (BoltDB).
Sur un VPS 2 Go dédié à plusieurs services, 176 Mo d'écart peuvent faire la différence entre une stack qui tient ou un swap qui s'active. Sur un VPS 8 Go ou plus, cet écart est négligeable.
Portainer : ce qu'il apporte que Dockge n'a pas
Portainer n'est pas « trop lourd » de façon arbitraire : ses fonctions supplémentaires répondent à des besoins réels, que vous n'avez peut-être pas — mais qui existent.
Gestion multi-hôtes. Portainer peut connecter des agents distants installés sur d'autres VPS et les piloter depuis une interface centrale. Si vous gérez une demi-douzaine de serveurs, c'est une fonctionnalité structurante.
Docker Swarm. Portainer CE intègre un support natif de Swarm : déploiement de services, visualisation des nœuds, gestion des réplicas. Aucun équivalent dans Dockge.
RBAC et équipes. La Business Edition ajoute des droits fins par utilisateur — utile dans un contexte d'entreprise ou d'agence avec plusieurs intervenants sur le même serveur.
API REST complète. Portainer expose une API documentée qui permet d'automatiser les déploiements depuis une CI/CD. C'est le cas d'usage le plus courant dans les équipes qui intègrent Portainer à un pipeline GitLab ou GitHub Actions.
Gestion des images et des registres. Depuis l'interface, vous pouvez puller, taguer et gérer des images directement, ainsi que connecter un registre privé.
Dockge : ce qu'il apporte que Portainer n'a pas
Dockge est construit autour d'un principe que Portainer a sacrifié sur l'autel de la complétude : vos fichiers compose.yml sont des fichiers normaux, sur votre système de fichiers, que vous pouvez lire et modifier sans passer par l'interface.
Pas de lock-in. Les stacks Dockge vivent dans /opt/stacks/<nom-de-la-stack>/compose.yml. Si vous désinstallez Dockge demain, un docker compose up -d dans ce répertoire suffit à redémarrer votre service. Aucune base de données propre à reconstruire, aucun export à prévoir.
Éditeur Compose intégré. Dockge propose un éditeur en ligne avec coloration syntaxique pour éditer vos fichiers compose.yml directement depuis le navigateur — sans avoir à ouvrir un terminal et un éditeur texte.
Interface claire et sans friction. Le tableau de bord montre l'état de vos stacks, leur uptime, leurs conteneurs et leurs logs. Pas de menus secondaires, pas de panneaux administratifs que vous n'ouvrez jamais.
Multi-instance depuis la v1.4. Dockge a introduit un mécanisme d'agents distants dans ses versions récentes, qui permet de piloter plusieurs serveurs depuis une interface centrale. Cette fonctionnalité est plus récente et moins mature que l'équivalent Portainer, mais elle réduit l'avantage multi-hôtes de ce dernier pour les usages simples.
Tableau comparatif Portainer CE vs Dockge
| Critère | Portainer CE | Dockge |
|---|---|---|
| RAM au repos | ~256 Mo (interface + agent) | ~80 Mo |
| Licence | Portainer CE (gratuit) | MIT (gratuit) |
| Gestion des stacks Compose | Oui | Oui — focus principal |
| Fichiers Compose sur le FS | Stockés en base interne | Fichiers natifs dans /opt/stacks/ |
| Éditeur Compose inline | Basique | Avec coloration syntaxique |
| Multi-hôtes / agents distants | Oui, mature | Depuis v1.4, moins mature |
| Docker Swarm | Oui | Non |
| Kubernetes | Business Edition | Non |
| RBAC / gestion d'équipes | Business Edition | Non |
| API REST | Oui, documentée | Non |
| Gestion des images Docker | Oui | Minimale |
| Connexion à un registre privé | Oui | Non |
| Temps d'installation | 5-10 minutes | 2-5 minutes |
Comment installer Dockge sur un VPS
Si vous partez d'un VPS propre avec Docker installé, Dockge se déploie en trois commandes :
mkdir -p /opt/stacks /opt/dockge
curl https://dockge.kuma.pet/compose.yaml --output /opt/dockge/compose.yaml
cd /opt/dockge && docker compose up -dL'interface est disponible sur le port 5001. Vos stacks iront dans /opt/stacks/ — un sous-répertoire par stack, avec un fichier compose.yml lisible directement.
Pour exposer Dockge derrière un reverse proxy (nginx ou Caddy), pointez vers 127.0.0.1:5001. Il n'y a pas de certificat TLS à gérer dans le conteneur lui-même.
Comment installer Portainer CE sur un VPS
Portainer CE s'installe via Docker en créant d'abord un volume persistant, puis en lançant le conteneur :
docker volume create portainer_data
docker run -d \
-p 8000:8000 -p 9443:9443 \
--name portainer \
--restart=always \
-v /var/run/docker.sock:/var/run/docker.sock \
-v portainer_data:/data \
portainer/portainer-ce:latestL'interface est disponible en HTTPS sur le port 9443. Le port 8000 est utilisé par l'agent Portainer pour les connexions multi-hôtes.
Pour les étapes complètes — configuration initiale, création du premier utilisateur et connexion à un agent distant — l'article déployer Portainer sur un VPS couvre l'installation de A à Z.
Les deux peuvent coexister
Portainer et Dockge ne sont pas mutuellement exclusifs. Un usage courant consiste à utiliser Dockge sur les VPS applicatifs (ceux qui hébergent vos services) et Portainer sur un nœud d'administration central qui agrège la vue de votre infrastructure. Les deux exposent des ports différents et n'interfèrent pas avec les fichiers de l'autre.
Quel outil pour quel profil
Choisissez Dockge si : vous gérez un ou deux VPS, vos services tournent en stacks Compose, vous voulez garder le contrôle de vos fichiers compose.yml sans dépendre d'un outil tiers pour les relire, et vous n'avez pas besoin de contrôle d'accès par équipe. La légèreté et la transparence sont ses deux atouts principaux.
Choisissez Portainer si : vous administrez plusieurs hôtes Docker ou un cluster Swarm, vous voulez une API pour automatiser vos déploiements depuis une CI/CD, ou vous travaillez en équipe avec des niveaux d'accès différents. Portainer est aussi le bon choix si vous prévoyez de migrer vers Kubernetes dans la Business Edition.
Si vous démarrez avec Docker sur un VPS unique : commencez par Dockge. Vous pouvez migrer vers Portainer plus tard sans perdre vos stacks — vos fichiers compose.yml dans /opt/stacks/ restent utilisables tels quels.
Ce que ni l'un ni l'autre ne remplace
- Une solution de sauvegarde de vos volumes Docker — à prévoir séparément avec un outil dédié
- Un reverse proxy TLS comme Caddy ou nginx pour exposer vos services — Portainer et Dockge pilotent les conteneurs, ils ne gèrent pas vos certificats
- Un outil de supervision comme Uptime Kuma pour les alertes de disponibilité — les deux interfaces montrent l'état courant mais n'envoient pas de notifications
- Une gestion des secrets applicatifs — les variables d'environnement dans
compose.ymlrestent en clair sur le disque
La tendance en 2026 : Dockge monte, Portainer reste la référence d'entreprise
Depuis sa sortie, Dockge a gagné une adoption rapide dans la communauté self-hosting. Les discussions sur r/selfhosted et selfh.st au cours de l'été 2026 placent Dockge parmi les outils les plus recommandés pour les usages individuels sur VPS — sa légèreté et la lisibilité de ses fichiers Compose expliquent l'enthousiasme.
Portainer reste la référence dans les environnements d'équipe et les contextes où la gestion multi-hôtes ou Swarm est requise. Les deux outils ciblent des usages différents, et la montée de Dockge ne signifie pas que Portainer est dépassé — elle reflète simplement que les usages simples n'ont pas besoin de toute la complexité de Portainer.
Si votre usage aujourd'hui est « démarrer, arrêter et lire les logs de dix stacks Compose sur un VPS », Dockge couvre ce besoin avec une fraction de la complexité. Si demain votre infrastructure grandit, la migration vers Portainer est une question de configuration, pas de réécriture.