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Docker Compose en production : checklist des 10 points

Déploiement12 min de lecture10 étapes

Un fichier docker-compose.yml qui tourne sur votre poste ne survit pas tel quel à la production. Redémarrage après reboot, limites de ressources, secrets, rotation des logs : autant de réglages absents par défaut qui provoquent des pannes silencieuses une fois le service exposé. Cette checklist réunit les 10 paramètres à contrôler avant de déployer une stack Compose sur un VPS, puis les health checks, les secrets, le rollback et le dépannage. Elle couvre aussi le passage de `docker-compose` à `docker compose`, que la montée vers Ubuntu 26.04 oblige à régler.

Sommaire· Pourquoi une checklist avant la prod1/13
  1. 01Pourquoi une checklist avant la prod
  2. 02Les 10 points en un coup d'œil
  3. 03Prérequis
  4. 04Les 10 étapes détaillées
  5. 05Défauts de dev contre réglages de prod
  6. 06docker-compose ou docker compose : la rupture d'Ubuntu 26.04
  7. 07Migrer vos scripts et poser un shim
  8. 08Health checks avancés : surveiller l'état réel du service
  9. 09Secrets Docker sans Swarm : monter des fichiers dans /run/secrets/
  10. 10Rollback : revenir en arrière après un déploiement raté
  11. 11Dépannage : 6 erreurs courantes et leurs solutions
  12. 12Sauvegarder les volumes sans corruption
  13. 13Conclusion

Pourquoi une checklist avant la prod

Docker Compose a été pensé pour le développement : ses valeurs par défaut privilégient la simplicité, pas la robustesse. Un conteneur ne redémarre pas après un reboot de l'hôte, ses logs grossissent sans limite, il peut consommer toute la RAM de la machine et il écoute sur toutes les interfaces réseau. En production, ces réglages absents se transforment en incidents : disque plein à 3 h du matin, base de données perdue après un docker compose down, service injoignable après une coupure de courant. Durcir une stack Compose ne demande pas de réécriture, seulement une dizaine d'ajouts ciblés. Passez chaque point de cette liste avant de mettre en ligne, et votre service tiendra la charge et les redémarrages sans surveillance constante.

Les 10 points en un coup d'œil

  • restart: unless-stopped — le conteneur redémarre après un reboot de l'hôte ou un crash
  • healthcheck — Docker détecte un conteneur bloqué et permet les redémarrages progressifs
  • limites CPU/mémoire — un service emballé ne peut plus asphyxier ses voisins
  • secrets via .env ou Docker secrets — jamais de mot de passe en clair dans le fichier Compose
  • volumes nommés — les données survivent à un docker compose down
  • rotation des logs — max-size et max-file empêchent le disque de se remplir
  • isolation réseau — séparez frontend et backend, n'exposez pas tout sur le bridge par défaut
  • binding de ports — 127.0.0.1:PORT derrière un reverse proxy, pas 0.0.0.0
  • tags d'image épinglés — une version ou un digest, jamais latest
  • depends_on avec condition — service_healthy évite les courses au démarrage

Prérequis

Il vous faut un VPS avec Docker Engine et le plugin Compose v2. La commande est docker compose, sans tiret : vérifiez-la avec docker compose version, car la syntaxe deploy.resources hors Swarm exige Compose v2 (l'ancien docker-compose est traité plus bas). Contrôlez aussi le moteur avec docker version. Docker Engine 29.7.2 corrige CVE-2026-17106 (CopyEscape), une race condition de docker cp divulguée le 10 août 2026 : un conteneur non fiable peut y écraser un fichier de l'hôte, y compris le binaire runc. Côté poste de travail, le correctif est arrivé dans Docker Desktop 4.86.0. En attendant la mise à jour, n'exécutez pas docker cp depuis un conteneur dont vous ne maîtrisez pas le contenu. Rangez le projet dans un dossier dédié (/opt/monapp), avec un .env en chmod 600. Prévoyez un reverse proxy en amont — Traefik, Caddy ou Nginx — car le binding de ports suppose que le trafic public ne touche jamais vos conteneurs, et versionnez le fichier Compose.

Les 10 étapes détaillées

  1. 1. Politique de redémarrage

    Ajoutez restart: unless-stopped à chaque service. Le conteneur redémarre après un crash ou un reboot de l'hôte, mais reste arrêté si vous l'avez stoppé volontairement. Évitez restart: always qui relancerait même un conteneur que vous vouliez laisser à l'arrêt, et préférez unless-stopped pour des services applicatifs et on-failure pour des tâches ponctuelles qui ne doivent pas boucler indéfiniment.

  2. 2. Healthcheck

    Déclarez un bloc healthcheck: avec un test (par exemple curl -f http://localhost:8080/health || exit 1), un interval (fréquence de vérification, ex. 30s), un timeout (délai avant échec, ex. 10s) et des retries (nombre d'échecs consécutifs avant passage à unhealthy, ex. 3). Ajoutez aussi start_period: 40s pour les services qui mettent du temps à démarrer, afin d'éviter de les marquer unhealthy pendant leur initialisation. Docker marque alors le conteneur healthy ou unhealthy, ce qui permet aux autres services de réagir à un blocage via depends_on: condition: service_healthy.

  3. 3. Limites de ressources

    Sous deploy.resources.limits, fixez cpus et memory (par exemple memory: 512M). Sans limite, un service qui fuit peut consommer toute la RAM et faire tuer les autres par l'OOM killer. Ajoutez aussi des reservations pour garantir un minimum au démarrage. En Compose v2 hors Swarm, les limits sont appliquées en tant que contraintes cgroup ; les reservations sont déclaratives et ne bloquent pas le démarrage, mais servent de référence pour la planification.

  4. 4. Secrets hors du fichier

    Ne mettez jamais un mot de passe en clair dans le YAML. Référencez-les via env_file: .env ou ${VARIABLE}, ou utilisez le mécanisme secrets: de Docker qui monte le secret en fichier dans /run/secrets/ à l'intérieur du conteneur, hors de portée de docker inspect. Ajoutez .env à votre .gitignore et vérifiez avec git status que ce fichier n'est jamais suivi.

  5. 5. Volumes nommés

    Déclarez vos données dans des volumes nommés avec un driver explicite plutôt qu'en bind-mount anonyme. Un volume nommé survit à docker compose down ; seul down -v l'efface. Documentez chaque volume pour savoir ce que vous sauvegardez, et associez-lui une stratégie de backup testée : une sauvegarde sans test de restauration est une donnée non sauvegardée.

  6. 6. Rotation des logs

    Ajoutez un bloc logging: avec driver: json-file et des options max-size: "10m" et max-file: "3". Sans cela, les logs d'un conteneur bavard remplissent le disque jusqu'à la panne. Appliquez-le à chaque service. Pour des stacks à fort volume, envisagez le driver local (compression automatique) ou un driver externe comme loki si vous avez une infrastructure de logs centralisée.

  7. 7. Isolation réseau

    Créez des réseaux nommés — un frontend pour ce qui est exposé, un backend pour la base de données — et n'attachez chaque service qu'aux réseaux dont il a besoin. Votre base ne doit être joignable que par l'application, jamais depuis le bridge par défaut partagé. Ajoutez internal: true sur le réseau backend pour empêcher tout accès depuis l'hôte ou Internet, même en cas d'erreur de configuration des ports.

  8. 8. Binding de ports

    Derrière un reverse proxy, publiez sur 127.0.0.1:8080:8080 et non 8080:8080 (qui équivaut à 0.0.0.0). Sinon le port reste accessible depuis Internet malgré le proxy, contournant vos règles TLS et d'authentification. Attention : Docker modifie directement les règles iptables et peut contourner UFW — le binding sur 127.0.0.1 est la seule garantie fiable côté Compose.

  9. 9. Tags d'image épinglés

    Remplacez image: postgres:latest par une version précise (postgres:16.3) ou, mieux, par un digest (postgres@sha256:...). latest change sans prévenir et rend vos déploiements non reproductibles. Combinez avec pull_policy: missing pour un comportement prévisible : Compose ne tire une nouvelle image que si elle est absente en local, évitant les mises à jour imprévues lors d'un docker compose up.

  10. 10. Ordre de démarrage

    Utilisez depends_on avec condition: service_healthy pour qu'un service n'attende pas seulement le lancement mais la disponibilité réelle de sa dépendance. Cela suppose un healthcheck sur le service dépendant (étape 2) et supprime les courses au démarrage. Pour les services qui ne supportent pas de healthcheck natif, vous pouvez utiliser condition: service_started combiné à un script d'attente (wait-for-it.sh ou dockerize).

Défauts de dev contre réglages de prod

Faites défiler le tableau

ParamètreDéfaut en devRecommandé en prod
restartnounless-stopped
healthcheckabsentdéfini avec interval et retries
mémoiresans contrainte de nombrelimit fixée (ex. 512M)
secretsen clair possible.env ou Docker secrets
volumesanonymesnommés avec driver
logssans limitemax-size + max-file
réseaubridge par défautfrontend / backend séparés
ports0.0.0.0127.0.0.1 derrière proxy
imagelatestversion ou digest épinglé
depends_ondémarrage seulcondition: service_healthy

docker-compose ou docker compose : la rupture d'Ubuntu 26.04

Deux outils portent presque le même nom. docker-compose, avec tiret, est Compose v1, écrit en Python : son dépôt le déclare en fin de vie depuis la disponibilité générale de Compose v2, annoncée par Docker le 26 avril 2022. docker compose, avec une espace, est Compose v2, écrit en Go et branché sur la CLI Docker comme plugin. Ubuntu 26.04 achève la transition : le paquet docker-compose n'est plus dans l'archive depuis Ubuntu 25.10, et le paquet docker-compose-v2 n'installe que le plugin, dans /usr/libexec/docker/cli-plugins/. Après la montée de version, tout script qui appelle encore l'ancien nom s'arrête sur docker-compose: command not found. Côté CI, GitHub a sorti Compose v1 de ses runners hébergés le 9 juillet 2024, et fait basculer ubuntu-latest vers Ubuntu 26.04 entre le 19 octobre et le 19 novembre 2026 : un workflow qui installait docker-compose à la main est à revérifier. Deux écarts de comportement sont documentés. Les noms de conteneurs prennent un tiret au lieu d'un tiret bas (monapp-web-1 contre monapp_web_1), sauf avec --compatibility. Et la clé version: est ignorée, avec l'avertissement « the attribute version is obsolete, it will be ignored ».

Migrer vos scripts et poser un shim

  • Inventaire — grep -rnE 'docker-compose( |$)' /opt /etc/cron* /etc/systemd ~/.bashrc liste les appels à corriger.
  • Scripts et Makefile — remplacez le tiret par une espace (docker compose up -d) ; les sous-commandes courantes restent les mêmes.
  • cron et systemd — appelez /usr/bin/docker compose en chemin absolu, car cron tourne avec un PATH réduit.
  • GitHub Actions — testez vos workflows avec runs-on: ubuntu-26.04 avant la bascule, ou épinglez ubuntu-24.04 le temps de corriger, comme GitHub le recommande.
  • Shim temporaire — un fichier exécutable /usr/local/bin/docker-compose de deux lignes, #!/bin/sh puis exec docker compose "$@", rattrape les appels oubliés. Docker maintient aussi compose-switch, qui traduit la syntaxe v1 vers v2.
  • Noms de conteneurs — remplacez les docker exec monapp_web_1 codés en dur par docker compose exec web, qui ne dépend pas du séparateur.
  • Vérification — docker compose version répond, docker compose config passe sans avertissement, command -v docker-compose ne pointe que vers le shim.

Health checks avancés : surveiller l'état réel du service

Un health check utile mesure l'état fonctionnel du service, pas seulement sa disponibilité réseau. Pour une API HTTP, testez un endpoint léger (/health ou /ready) qui ne retourne 200 que si la connexion à la base est établie. Pour PostgreSQL, utilisez pg_isready -U postgres ; pour Redis, redis-cli ping suffit. La colonne STATUS de docker compose ps affiche healthy, unhealthy ou starting. Un conteneur bloqué en starting au-delà de start_period signale un problème d'initialisation : docker compose logs service en donne la cause. Le paramètre start_period est distinct de interval : il ouvre une fenêtre de grâce pendant laquelle les échecs ne comptent pas dans les retries, indispensable aux services qui migrent leur schéma au démarrage.

Secrets Docker sans Swarm : monter des fichiers dans /run/secrets/

Hors Swarm, Compose accepte les secrets de type fichier. Déclarez le secret dans la section secrets: au niveau racine, en pointant vers un fichier local (file: ./secrets/db_password.txt), puis référencez-le dans le service avec secrets: [db_password]. Docker monte ce fichier en lecture seule dans /run/secrets/db_password : l'application le lit comme un fichier ordinaire, et sa valeur n'apparaît ni dans les variables d'environnement affichées par docker inspect, ni dans les logs. Pour une rotation, versionnez le secret : créez db_password_v2 à côté de db_password_v1, faites lire v2 au service, redéployez-le seul avec docker compose up -d --no-deps service, puis supprimez v1 une fois le déploiement validé. L'interruption se limite à la recréation de ce conteneur, et l'ancien secret reste disponible pour revenir en arrière.

Rollback : revenir en arrière après un déploiement raté

Le rollback d'une stack Compose se prépare avant le déploiement, pas après l'incident. Gardez l'image précédente taguée et disponible localement : ajoutez un tag explicite monapp:stable avant chaque mise à jour. Pour revenir en arrière, remettez l'ancien tag dans le fichier Compose (ou dans le .env si la version est une variable), puis relancez docker compose up -d. Les volumes ne sont pas touchés par un changement d'image, ce qui rend le retour applicatif rapide ; une migration de schéma, en revanche, doit avoir sa migration inverse prête avant le déploiement. Pour les mises en ligne critiques, séparez docker-compose.yml (version stable) et docker-compose.override.yml (version candidate) : docker compose -f docker-compose.yml up -d ignore l'override et revient à l'état stable.

Testez toujours votre stack durcie en local avant de la pousser en production : lancez docker compose config pour valider la syntaxe, puis docker compose up et simulez un reboot avec docker compose restart. Vérifiez que les conteneurs reviennent healthy et que les données persistent après un down suivi d'un up.

Dépannage : 6 erreurs courantes et leurs solutions

docker: unknown command: docker compose : le plugin Compose n'est pas installé. Sur Ubuntu, installez docker-compose-v2 depuis l'archive, ou docker-compose-plugin si Docker vient du dépôt officiel de Docker, puis vérifiez avec docker compose version. network not found : après un docker compose down, les réseaux nommés sont supprimés ; un conteneur externe qui tente de les rejoindre échoue. Déclarez les réseaux partagés en external: true ou synchronisez le redémarrage des stacks dépendantes. port is already in use : un autre processus (nginx de l'hôte, stack orpheline) occupe le port. Identifiez-le avec ss -tlnp | grep :PORT puis arrêtez-le. OOM (Out Of Memory) : le kernel tue un conteneur sans prévenir — cherchez OOMKilled: true dans docker inspect container_id, puis relevez deploy.resources.limits.memory ou traquez la fuite avec docker stats. permission denied on volume : le processus du conteneur tourne avec un UID qui n'a pas accès au bind-mount. Vérifiez-le avec docker compose exec service id, puis ajustez le dossier hôte (chown -R UID:GID /chemin) ou ajoutez user: "UID:GID" au service. Conteneur qui redémarre en boucle : docker compose logs --tail=50 service révèle l'erreur de démarrage — le plus souvent une variable d'environnement manquante, un fichier de configuration introuvable ou une dépendance non prête (résolu par depends_on avec service_healthy).

Sauvegarder les volumes sans corruption

Copier les fichiers d'un volume PostgreSQL ou MySQL à chaud avec rsync ou tar produit presque à coup sûr une sauvegarde corrompue : le moteur écrit pendant la copie, et les pages de données sont capturées à des points de contrôle différents. La règle est de toujours faire un dump SQL avant le snapshot du volume : pg_dump ou mysqldump produisent un état cohérent que vous pouvez archiver ou transférer. Pour automatiser cette approche sur un VPS Docker, des outils comme Restic et Offen Docker Backup orchestrent le gel de la base, le dump SQL, le snapshot chiffré et l'envoi vers un stockage distant. Associez chaque volume nommé de l'étape 5 à une restauration testée.

Conclusion

Ces dix réglages transforment un fichier Compose de développement en une stack capable de survivre aux reboots, aux pics de charge et aux nuits sans surveillance. Health checks, secrets montés en fichier, rollback préparé et passage complet à docker compose complètent ce socle. Rien de tout cela ne demande d'outil supplémentaire : tout tient dans le YAML et les scripts que vous avez déjà. Déroulez la checklist avant chaque mise en ligne, par exemple via une revue de docker compose config intégrée au déploiement. Vous pourrez ensuite ajouter un reverse proxy comme Traefik ou Caddy, ou une couche d'orchestration comme Coolify.

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