Le besoin réel d'un déployeur PaaS sur VPS
Un VPS brut vous donne un accès root à une machine virtuelle : vous devez gérer Docker, les mises à jour, le reverse proxy, les certificats TLS, les variables d'environnement, les sauvegardes et les rollbacks vous-même. Un PaaS self-hosted prend en charge cette couche opérationnelle. Il expose un workflow comparable à celui de Render ou Railway — vous reliez un dépôt Git, le déploiement s'exécute automatiquement, les certificats arrivent seuls — mais sur votre propre infrastructure. La question n'est pas de savoir s'il faut un PaaS, mais lequel choisir en fonction de votre VPS et de votre profil.
Critères de sélection pour un PaaS self-hosted
- RAM au repos — mémoire consommée par la plateforme quand aucun déploiement n'est en cours, déterminante sur un VPS de 1 à 2 Go
- Interface et prise en main — qualité de l'UI, clarté du onboarding, courbe d'apprentissage pour un premier déploiement
- Multi-serveur — possibilité de gérer plusieurs VPS depuis une seule instance de la plateforme
- Preview deployments — création automatique d'un environnement par pull request, pour une revue en conditions réelles avant le merge
- Rollback — facilité de revenir à une version précédente en cas de régression
- Observabilité intégrée — logs en temps réel, métriques et alertes disponibles sans plugin externe
- Licence et modèle open source — Apache 2.0, MIT ou BSL, et ce que cela change pour un usage commercial
- Maturité et communauté — ancienneté du projet, fréquence des releases, retours d'expérience en production
Coolify : couverture fonctionnelle complète, empreinte mémoire conséquente
Coolify est le PaaS self-hosted le plus étoilé sur GitHub. Son atout principal est la couverture fonctionnelle : il gère les applications Dockerfile, les builders Nixpacks et Buildpacks, les bases de données (PostgreSQL, MySQL, Redis, MongoDB), les services un-clic (Plausible, Umami, Gitea, n8n), les crons et les preview deployments par pull request. L'interface est soignée, avec un onboarding guidé et une documentation fournie. La contrepartie est la RAM : l'instance Coolify, avec ses dépendances internes (Redis, Soketi pour les WebSockets temps réel, PostgreSQL), consomme entre 600 Mo et 1 Go au démarrage — parfois davantage. Sur un VPS de 2 Go, cela laisse entre 1 et 1,4 Go à vos applications. La recommandation officielle est 2 Go minimum, 4 Go pour un usage serein. La gestion multi-serveur existe depuis la v4 via des agents distants, et le modèle de licence est Apache 2.0 pour l'auto-hébergement.
Coolify en chiffres
- RAM au repos : 600 Mo – 1 Go (instance seule, hors applications)
- Prérequis minimum : 2 Go RAM, 2 vCPU, 30 Go stockage
- Licence : Apache 2.0
- Multi-serveur : oui, via agents distants (depuis la v4)
- Preview deployments : oui, natifs
- Rollback : oui, avec historique des déploiements
Dokploy : empreinte légère, montée en puissance rapide
Dokploy revendique explicitement être une alternative légère à Coolify et aux PaaS cloud. Il cible les développeurs qui trouvent Coolify trop lourd pour un VPS d'entrée de gamme. Son interface est épurée, construite avec Next.js, et le premier déploiement est rapide — une seule commande installe tout. La RAM au repos est son argument principal : entre 150 Mo et 300 Mo selon les configurations, sans Redis ni base de données interne obligatoire. Sur un VPS de 1 Go, Dokploy laisse de la place à vos applications là où Coolify serait à l'étroit. Dokploy supporte les Dockerfiles, les Compose files, les images Docker Hub, les bases de données gérées et les certificats TLS via Traefik comme reverse proxy interne. Ses limites actuelles : les preview deployments sont moins aboutis que sur Coolify, la bibliothèque de services un-clic est plus réduite, et le projet est plus jeune donc moins testé sur des charges conséquentes. Dokploy est sous licence MIT.
Dokploy en chiffres
- RAM au repos : 150 – 300 Mo
- Prérequis minimum : 1 Go RAM, 1 vCPU (2 Go recommandés)
- Licence : MIT
- Multi-serveur : oui (gestion multi-nœuds)
- Preview deployments : partiel
- Rollback : oui
CapRover : maturité, légèreté et cluster Docker Swarm
CapRover existe depuis 2018 et était, jusqu'à l'émergence de Coolify, la référence du PaaS self-hosted open source. Il se distingue par sa maturité, sa légèreté et une CLI très complète. L'interface web est fonctionnelle mais plus austère que celle de ses concurrents modernes ; elle reste parfaitement lisible pour des profils DevOps familiers de Docker. La RAM au repos est remarquablement basse : entre 100 Mo et 200 Mo, avec une architecture basée sur Docker Swarm qui permet la scalabilité horizontale en cluster. CapRover gère les Dockerfiles, les images Docker Hub et les Captain Definition files, ainsi qu'une bibliothèque de plus de 100 applications déployables en un clic. Les preview deployments ne sont pas natifs : il faut les implémenter via la CLI et des scripts. Le cluster multi-nœuds via Docker Swarm est en revanche natif et éprouvé. CapRover est sous licence Apache 2.0. Sa limite principale : les preview deployments automatiques par PR réclament des scripts supplémentaires, et l'interface est moins moderne que ses deux concurrents.
CapRover en chiffres
- RAM au repos : 100 – 200 Mo (Docker Swarm + CapRover)
- Prérequis minimum : 1 Go RAM, 1 vCPU
- Licence : Apache 2.0
- Multi-serveur : oui, natif via Docker Swarm
- Preview deployments : non natif (scripts CLI)
- Rollback : oui, via versions d'image
Tableau comparatif Coolify vs Dokploy vs CapRover
| Critère | Coolify | Dokploy | CapRover |
|---|---|---|---|
| RAM au repos | 600 Mo – 1 Go | 150 – 300 Mo | 100 – 200 Mo |
| Interface | Moderne, soignée | Épurée, rapide | Fonctionnelle, austère |
| Multi-serveur | Oui (agents distants) | Oui (multi-nœuds) | Oui (Docker Swarm natif) |
| Preview deployments | Natifs | Partiel | Non natif (scripts CLI) |
| Rollback | Historique des déploiements | Oui | Via versions d'image |
| Observabilité intégrée | Logs, métriques, alertes | Logs temps réel | Logs, métriques basiques |
| Courbe d'apprentissage | Modérée | Faible | Modérée à élevée |
| Licence | Apache 2.0 | MIT | Apache 2.0 |
Recommandation par profil
Le choix d'un PaaS self-hosted dépend moins des fonctionnalités que de la situation concrète : taille du VPS disponible, taille de l'équipe, besoins en automatisation CI/CD.
Quel outil pour quel profil
- Développeur solo ou starter — Dokploy sur un VPS de 1 à 2 Go : la faible empreinte mémoire laisse la majorité des ressources à vos applications, et la prise en main est immédiate
- Agence ou équipe de 3 à 10 personnes — Coolify sur un VPS de 4 Go minimum : la couverture fonctionnelle, les preview deployments natifs et la bibliothèque de services un-clic justifient l'empreinte mémoire
- DevOps expérimenté, infrastructure multi-serveurs — CapRover si vous êtes familier de Docker Swarm et cherchez une solution éprouvée et légère ; Coolify v4 si vous préférez une interface moderne avec agents distants
- Contrainte RAM sévère (VPS 1 Go) — Dokploy ou CapRover uniquement : Coolify ne peut pas fonctionner dans ces conditions
- Pipeline CI/CD avec revue par PR — Coolify pour les preview deployments natifs, ou Dokploy si la fonctionnalité partielle suffit
Le piège commun à tous les PaaS self-hosted
Les trois plateformes s'appuient sur Docker et un réseau interne pour relier le reverse proxy aux conteneurs d'applications. Si votre application n'est pas attachée au réseau du proxy interne — et non directement exposée sur l'hôte — le proxy ne peut pas la joindre : symptôme classique, une application marquée « déployée » dans le dashboard mais en erreur 502 depuis l'extérieur. Second piège partagé : le wildcard DNS. Si vous configurez *.votre-domaine.com → IP du VPS, les trois plateformes attribuent un sous-domaine automatiquement à chaque app et émettent le certificat TLS sans intervention. Sans ce wildcard, vous devez créer un enregistrement DNS manuellement avant chaque déploiement.
Votre VPS, socle de votre PaaS
Les trois plateformes fonctionnent sur n'importe quel VPS Linux avec Docker installé. La RAM disponible après installation de la plateforme est la variable décisive : Dokploy et CapRover conviennent dès 1 Go, Coolify réclame 2 Go minimum et se déploie à l'aise sur 4 Go. Dans tous les cas, un stockage SSD avec au moins 20 Go est recommandé pour accueillir les images Docker et les volumes de données. Le choix de la plateforme ne détermine pas le niveau de service : il définit la marge que vous laissez à vos applications.