Ce qui casse n'est pas la copie des fichiers
Un changement d'hébergeur met en jeu deux hébergements qui peuvent parfaitement tourner en même temps. Rien ne vous oblige à éteindre l'un pour allumer l'autre : la source continue de servir le site pendant que la destination est montée, remplie et testée. Le seul commutateur, c'est le DNS — et il ne bascule pas d'un coup.
C'est de là que vient le risque réel, et ce n'est pas la page blanche. Pendant la fenêtre où les résolveurs n'ont pas tous la même réponse, une partie de vos visiteurs atteint encore l'ancien serveur et une autre le nouveau. Les deux affichent le site. Mais une commande passée, un formulaire envoyé, un article publié ou un e-mail reçu du mauvais côté n'existe que de ce côté-là — et disparaît le jour où vous coupez l'ancien hébergement. La coupure qu'on redoute est visible ; celle qui coûte cher ne l'est pas.
Six choses se déplacent, et pas au même rythme
- Les fichiers et la base de données — copiables à froid, mais tout ce qui est écrit après la copie reste sur l'ancien serveur.
- Les boîtes e-mail — leur contenu vit sur le serveur source et continue de grossir pendant que vous migrez : un message reçu après la copie n'est pas dans la copie.
- La zone DNS — enregistrements
A,AAAA,MX,CNAMEetTXT(dont SPF, DKIM et DMARC). Elle ne voyage pas avec les fichiers : elle se recrée, ligne par ligne. - Les certificats TLS — ils ne se transportent pas. Ils se re-génèrent sur la destination, et leur validation exige soit que le nom pointe déjà, soit un défi DNS.
- Les tâches planifiées et les identifiants applicatifs — un site peut s'afficher parfaitement pendant que ses
cronne tournent plus et que ses appels d'API échouent en silence. - Le nom de domaine lui-même — le transfert d'un domaine vers un autre bureau d'enregistrement est une opération distincte du déplacement du site. Elle ne s'impose pas, et elle n'a pas à se faire le même jour.
Le TTL DNS se baisse avant la bascule, jamais pendant
Chaque enregistrement DNS porte une durée de vie — son TTL. Les résolveurs gardent la réponse en cache pendant cette durée et ne reviennent pas la chercher avant. Tant que le TTL courant n'a pas expiré, votre nouvelle adresse n'existe pas pour eux, quoi que dise votre zone.
D'où la seule règle qui compte, et l'erreur la plus fréquente : le TTL se baisse avant, et il faut le baisser au moins une durée égale à l'ancien TTL avant la bascule. C'est ce qu'il faut pour que tous les caches aient eu l'occasion de relire l'enregistrement et d'apprendre la nouvelle valeur, courte. Baisser le TTL au moment de basculer ne sert à rien : à cet instant, les résolveurs servent encore la réponse mise en cache sous l'ancienne durée.
Un cas particulier mérite d'être repéré tôt : si votre zone DNS est hébergée chez l'hébergeur que vous quittez, changer de serveurs de noms est lui-même soumis au même mécanisme, et il emporte tout le reste avec lui. Déplacer la zone d'abord, séparément, évite d'empiler deux propagations sur la même journée.
Une fois la bascule faite et tout vérifié, on remonte le TTL : en régime permanent, un TTL court multiplie les requêtes pour rien.
Changer d'hébergeur dans l'ordre
Inventorier ce qui tourne vraiment
Sites et sous-domaines, bases de données, boîtes e-mail, redirections, tâches planifiées, certificats, version de PHP et extensions activées. Ce qui n'est pas sur la liste ne sera pas migré : il restera sur l'ancien serveur jusqu'à ce que celui-ci soit coupé. L'inventaire se fait sur le serveur, pas de mémoire.
Monter la destination et la préparer
Commandez le plan cible, créez les comptes, alignez la version de PHP et les extensions. La destination doit être capable de servir le site avant que le DNS n'en parle à qui que ce soit. Chez ServOrbit.com, l'assistant de migration part soit d'un lien de sauvegarde complète cPanel (.tar.gz), soit d'un transfert direct depuis votre ancien cPanel si vous en avez encore les accès.
Baisser le TTL
Sur les enregistrements qui vont changer — A, AAAA et MX au minimum. À faire au moins une durée d'ancien TTL avant la bascule, sans quoi la baisse elle-même n'aura pas eu le temps de se propager.
Copier une première fois, et tester sans toucher au DNS
Fichiers, base et boîtes e-mail. Le test se fait avant la bascule, en forçant la résolution du nom vers la nouvelle adresse sur votre seul poste (fichier hosts) ou par l'URL de prévisualisation fournie. C'est là qu'apparaissent les chemins absolus codés en dur, les permissions et les extensions manquantes — pendant que l'ancien site continue de servir vos visiteurs.
Recopier le delta juste avant de basculer
Tout ce qui a été écrit depuis la première copie : commandes, articles, médias, messages. Plus l'intervalle entre les deux copies est court, moins il reste de données à rattraper de l'autre côté.
Basculer le DNS — et ne rien couper
Changez les enregistrements, puis laissez les deux hébergements en service. C'est la double période, et ce n'est pas une précaution décorative : tant qu'elle dure, les deux serveurs reçoivent réellement du trafic et du courrier.
Reposer les certificats et vérifier depuis l'extérieur
HTTPS et redirections, formulaires, envoi et réception d'e-mail, tâches planifiées. Vérifiez depuis une connexion et un navigateur qui n'ont jamais visité l'ancien serveur : votre propre machine est le pire des témoins.
Ne couper l'ancien qu'après un silence vérifié
L'ancien hébergement se coupe quand ses journaux ne montrent plus de requête utile et que ses boîtes ne reçoivent plus rien — pas quand le nouveau marche. Téléchargez et conservez une sauvegarde complète hors des deux serveurs avant de résilier quoi que ce soit.
Les e-mails, le point qui casse le plus souvent
Un site est un objet figé qu'on recopie ; une boîte e-mail est un objet vivant qui continue de recevoir pendant qu'on la recopie. C'est toute la différence, et c'est là que la plupart des migrations perdent des données.
La séquence qui tient : on synchronise une première fois les boîtes vers la destination, on bascule les MX, on laisse l'ancien serveur continuer à recevoir ce qui lui arrive encore, puis on refait une synchronisation avant de couper. Un compte e-mail source ne se supprime jamais tant qu'il reçoit quelque chose — et il en reçoit encore bien après que le site, lui, a basculé.
Deux détails ressemblent à des pannes sans en être. D'abord, les logiciels de messagerie de vos postes gardent en configuration les serveurs entrant et sortant de l'ancien hébergement : tant qu'ils ne sont pas reconfigurés, ils relèvent l'ancienne boîte, pas la nouvelle. Ensuite, l'authentification du courrier — SPF, DKIM, DMARC — vit dans la zone DNS, pas dans la boîte : changer de serveur d'envoi sans reprendre ces enregistrements fait partir du courrier parfaitement légitime dans les indésirables. Ils se recréent avec les valeurs du nouveau serveur, et se vérifient avant de couper l'ancien.
Transférer un `.ma` n'est pas un transfert de domaine ordinaire
Deux opérations se confondent souvent : déplacer l'hébergement (fichiers, base, e-mails) et transférer le nom de domaine vers un autre bureau d'enregistrement. Elles sont indépendantes. On peut changer d'hébergeur en laissant le domaine où il est et ne le transférer qu'ensuite — c'est même l'ordre le plus prudent, puisqu'il évite de faire bouger deux choses le même jour.
Pour un .ma, le transfert obéit aux règles du registre national, tenu par l'ANRT, l'Agence Nationale de Réglementation des Télécommunications. Seuls les prestataires qu'elle accrédite peuvent opérer directement sur ce registre ; les autres passent par un intermédiaire. MEGALOGI, éditeur de la plateforme, figure parmi ces prestataires accrédités.
Trois conditions techniques doivent être réunies avant de déposer la demande : le domaine doit être actif depuis 60 jours au moins, son verrou de transfert doit avoir été levé chez le prestataire actuel, et le code d'autorisation (EPP) doit vous avoir été communiqué. S'y ajoute une pièce que les extensions génériques n'exigent pas systématiquement : le registre demande une copie de la pièce du titulaire — CIN, passeport ou carte de séjour pour un particulier, justificatif d'entreprise (ICE ou RC) pour une société.
Deux vérifications valent d'être faites avant, pas après. Qui est le titulaire déclaré : si c'est votre prestataire actuel et non vous, le transfert dépend de son accord, et ce n'est plus une question technique. Et où la zone DNS est réellement servie : un changement de bureau d'enregistrement ne recopie pas le contenu d'une zone hébergée chez celui que vous quittez.
Transférer une extension générique ou un `.ma`
| Ce qui est en jeu | Extension générique (.com, .net…) | Extension nationale .ma |
|---|---|---|
| Qui tient le registre | Un registre international, ouvert à tout bureau d'enregistrement accrédité auprès de lui | Le registre national du Maroc, administré par l'ANRT |
| Qui peut opérer le transfert | Tout bureau d'enregistrement accrédité pour l'extension | Un prestataire accrédité par l'ANRT — les autres passent par un intermédiaire |
| Conditions techniques | Domaine déverrouillé et code d'autorisation (EPP) communiqué | Domaine déverrouillé, code d'autorisation (EPP), et domaine actif depuis 60 jours au moins |
| Pièce du titulaire | Pas systématiquement exigée par le registre | Exigée : CIN, passeport ou carte de séjour ; ICE ou RC pour une société |
| Tarif au catalogue | Propre à chaque extension — la grille complète est sur la page des domaines | Enregistrement à partir de 119 DH/an, transfert entrant 119 DH |
La continuité de facturation, l'autre moitié du changement
Changer d'hébergeur ne déplace pas que des fichiers : ça change aussi la pièce comptable que vous recevez à chaque échéance. Une facture émise hors du Maroc, dans une devise étrangère, sans TVA marocaine ni identifiants légaux marocains, n'est pas la même pièce qu'une facture marocaine — et la différence se voit en comptabilité, pas à l'écran.
Trois lignes changent concrètement. La devise dans laquelle votre compte est débité : facturé en dirhams, il n'y a ni taux de change appliqué par votre banque, ni frais associés. La TVA, qui apparaît sur la facture au taux de 20% — les montants du site étant affichés hors taxes (HT). Et l'émetteur : une facture marocaine porte l'IF, l'ICE et le RC de la société qui l'émet, ce que votre comptabilité attend. Le règlement se fait par Carte bancaire — CMI, PayPal et Virement bancaire.
Un point d'organisation évite une mauvaise surprise : la double période a un coût. Tant que les deux hébergements tournent, les deux sont facturés. Ce n'est pas un risque, c'est une ligne à prévoir — et c'est le prix réel de la méthode. Autant faire coïncider la coupure de l'ancien contrat avec une échéance plutôt qu'avec le milieu d'un cycle.
Dernier point, dit en clair plutôt que deviné : nos centres de données sont en Europe. Changer de fournisseur déplace une facture, une relation contractuelle et un panneau d'administration — pas la position géographique de vos serveurs.
Ce qui se vérifie avant de couper l'ancien hébergement
- Le site répond en HTTPS sur le nouveau serveur, depuis une connexion qui n'a jamais visité l'ancien — votre navigateur habituel est le témoin le moins fiable.
- Un message envoyé depuis l'extérieur vers chaque boîte arrive bien sur le nouveau serveur : c'est la seule preuve que les
MXsont pris en compte partout. - Le courrier sortant part et arrive ailleurs que dans les indésirables — SPF, DKIM et DMARC recréés avec les valeurs du nouveau serveur.
- Les redirections et les URL réécrites répondent le code attendu : un
301reste un301, pas un200ni un404. - Les tâches planifiées ont une dernière exécution récente — leur simple présence dans une liste ne prouve rien.
- Les journaux de l'ancien serveur ne montrent plus aucune requête utile, et ses boîtes ne reçoivent plus rien : moins qu'avant ne suffit pas.
- Une sauvegarde complète de l'ancien hébergement est téléchargée et conservée hors des deux serveurs avant toute résiliation.
Le geste qui évite la coupure est toujours en amont
Reprenez les trois causes réelles avant de commencer : un TTL qu'on a oublié de baisser à temps, une boîte e-mail supprimée pendant qu'elle recevait encore, un domaine transféré avant que sa zone DNS n'existe ailleurs. Aucune des trois ne se rattrape après coup, et aucune ne se voit sur le nouveau serveur — qui fonctionne parfaitement pendant ce temps. S'il ne fallait retenir qu'une phrase : ne supprimez rien tant que quelque chose arrive encore de l'autre côté.