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BSL et SSPL : les pièges des licences source-available

Les licences open source ont longtemps semblé une affaire de juristes lointains. Depuis 2021, plusieurs projets majeurs — Redis, Elasticsearch, Terraform — ont changé de licence du jour au lendemain, créant des obligations nouvelles pour les équipes qui les exploitent. Comprendre ces modèles en amont vous évite de gérer une mise en conformité sous pression.

Pourquoi les changements de licence vous concernent même en self-hosting

Un changement de licence s'applique aux nouvelles versions du logiciel, pas rétroactivement à ce que vous avez déjà déployé. Mais rester sur une ancienne version signifie renoncer aux correctifs de sécurité. Le vrai risque n'est donc pas le procès immédiat : c'est la dette technique qui s'accumule pendant que vous attendez une clarification juridique. Même un usage purement interne peut être concerné si votre organisation facture des services à des tiers ou expose l'outil via une API externe.

Les quatre cas où la licence crée une contrainte réelle

  • Revente d'un service cloud concurrent — la BSL interdit explicitement d'offrir à des tiers un service commercial concurrent au produit d'origine ; héberger Terraform pour vos propres infrastructures reste autorisé, le proposer comme plateforme managée à vos clients ne l'est plus.
  • Exposition d'un service tiers via SSPL — si vous construisez un service que des utilisateurs externes consomment et qui repose sur un composant SSPL, vous êtes tenu de publier l'intégralité de votre pile logistique, y compris vos scripts de provisionnement et d'orchestration.
  • Intégration dans un SaaS sous AGPLv3 — tout éditeur qui intègre une bibliothèque AGPLv3 dans une application accessible via le réseau doit distribuer le code source complet de cette application ; pour un self-hoster interne, la contrainte est légère, pour un éditeur SaaS, elle est structurante.
  • Mise à jour vers une version sous nouvelle licence — passer de Redis 7.2 (BSD) à Redis 8 (tri-licence) ou de Terraform 1.5 (MPL-2.0) à 1.6 (BSL) change vos droits ; automatiser vos mises à jour sans vérifier le changelog de licence expose votre organisation à une transition non consentie.

BSL, SSPL et AGPLv3 : ce que chaque modèle autorise et interdit

La BSL est une licence temporaire : le code est source-available aujourd'hui, il basculera open source (souvent Apache 2.0) après un délai fixé à l'avance — quatre ans chez HashiCorp. L'usage interne est libre, la concurrence directe est bloquée. La SSPL va plus loin : exposer l'outil comme service à des tiers déclenche une obligation de publication totale de la pile. L'AGPLv3, seule des trois à être approuvée par l'OSI, est un copyleft réseau : elle protège la liberté des utilisateurs finaux sans interdire l'usage commercial, mais oblige à ouvrir le code de l'application contenante dès qu'elle sert des utilisateurs via le réseau.

BSL vs SSPL vs AGPLv3 vs BSD en un coup d'œil

LicenceSelf-hosting interneUsage SaaS (revente)
BSLAutorisé sans conditionInterdit si le service concurrence l'éditeur d'origine
SSPLAutorisé sans conditionAutorisé si vous publiez toute votre pile logistique
AGPLv3Autorisé sans conditionAutorisé si vous distribuez le code source de votre application
BSD / MIT / Apache 2.0Autorisé sans conditionAutorisé sans obligation de publication

Redis a ajouté l'AGPLv3 à ses options de licence en mars 2026, rejoignant Elastic qui avait fait de même en septembre 2024. Pour un self-hoster, choisir la variante AGPLv3 de Redis 8 est désormais possible sans passer par le fork Valkey — même si Valkey reste en BSD-3-Clause et constitue le choix par défaut sur Ubuntu 24.04 et Debian 13.

Les réflexes à adopter avant d'intégrer un outil dans votre stack

Avant d'ajouter un composant à votre infrastructure, vérifiez sa licence dans le dépôt et dans le changelog des dernières versions majeures. Distinguez votre usage réel : interne, exposé à des partenaires, ou vendu à des clients. Abonnez-vous aux releases GitHub des projets critiques pour détecter un changement de licence avant la prochaine mise à jour automatique. Si un fork sous licence permissive existe et est maintenu activement — OpenTofu, Valkey, OpenSearch — évaluez-le comme alternative pérenne.

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